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Théories de l’intelligence

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Une histoire d’évaluation du haut potentiel - Retour sur le colloque du 10 avril 2018

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Douance

C’était le premier sujet du Colloque International Compétences et Difficultés des Enfants à Haut Potentiel de ce mardi 10 avril 2018, à Paris. Première intervenante de la matinée après l’ouverture sous les majestueuses voûtes du grand amphi de la Sorbonne, Mme Maria Pereira Da Costa. La Théorie de l’intelligence a grandement évoluée dans ses concepts et l’évaluation du haut potentiel qui en découle.

Mme Pereira Da Costa nous présente le sujet sous l’angle historique. Vice présidente du Conseil d’Administration de l’université Paris Descartes, elle est également maître de conférences et chercheuse au Laboratoire Adaptations Travail-Individu (LATI). Sous la direction de Todd Lubart, ce laboratoire de l’université Paris Descartes travaille sur les approches sociétales des questions d’acquisition et l’évolution des compétences, de transmission des savoirs ou encore d’innovation ou de potentiels créatifs.

De quoi parle-t-on ?

Si le LATI mesure le haut potentiel académique pour le besoin de ses études, il y associe également sur une autre approche pluridisciplinaire enrichie d’un ensemble de facteurs, moins connus que ceux classiquement testés. Celle-ci ajoute à la définition quantitative des performances mesurées par des scores une définition qualitative où personnalité et fonctionnement spécifique apportent un éclairage complémentaire à une réalité complexe.

Les débuts du QI

En pratiquement un siècle nous sommes passés de la vision unitaire d’Alfred Binet à la conception pluraliste du début des années 80. Binet qui étudiait l’intelligence des enfants a jeté les premières bases de mesures à partir du calcul d’un d’âge mental sur un âge réel. La première approche de quotient intellectuel défendue par Louis William Stern, contemporain de Binet venait de faire son apparition, ainsi que celle de facteur g défendue par Charles Edward Spearman [1]. Binet avait identifié une dizaine d’entités unitaires, dont la mémoire, les images mentales... Ses tests permettaient d’apprécier des aptitudes de vocabulaire, de logique abstraite, ou encore mécaniques (des connaissances tacites, des règles de bons sens).

Le QI aujourd’hui

Mais le principe de cette mesure a évolué pour se détacher finalement de ses origines. En 1939, David Wechsler introduit la notion de moyenne de groupe et d’écart de la personne testée à cette moyenne. Les groupes de comparaison sont déterminés par tranche d’âge. Les scores obtenus sont dits standardisés, parce qu’étalonnés en référence à une courbe statistique.
Ces échelles dites de Wechsler donnent un profil plus riche en plusieurs indices. Aujourd’hui ils sont au nombre de 5 (échelle en cours d’utilisation : le WISC5 pour les enfants de 6 à 16 ans). Le LATI a d’ailleurs illustré la grande variété des profils des enfants à haut potentiel à l’aune de ces indices (qui n’étaient alors que 4 au moment de l’étude, dans la version précédente du WISC, le WISC4), et défend l’idée qu’il n’est pas possible de déterminer une typologie de profils.
C’est ce que montre le graphique projeté lors de la présentation. En voici une reconstitution : une superposition de tracés reliant les indices obtenus lors du test d’un groupe d’enfants à haut potentiel, avec une tracé par enfant. Nous précisons que ces enfant ne présentent pas de trouble des apprentissages en apparence.
12 profils d'enfants à haut potentiel

Les nouvelles approches hiérarchiques

C’est cette mesure de l’intelligence académique qui prévaut encore de nos jours.
Mais les années 80 soufflent un vent d’innovation et amènent son lot d’approches plus globales. Elles sont dites hiérarchiques pour signifier l’apport supplémentaire (et non substitutif) à la vision historique jugée néanmoins trop simple, unidimensionnelle. Nous y trouvons notamment la théorie des aptitudes, la théorie triarchique, la théorie des intelligences multiples.

Des aptitudes aux profils

C’est sur le terrain de la psychologie différentielle que nous abordons les profils multiples d’individus, avec la théorie des aptitudes. Ceux-ci se déterminent selon ces trois axes :

  • Celui de l’utilité de l’intelligence (à quoi sert-elle ?)
  • Le constat et l’explication des différences individuelles de performances observées
  • et l’identification de processus psychiques de natures différentes.

La réponse à ces questions amène à dégager des profils. La question de l’utilité de l’intelligence doit nous indiquer ce qu’il faut rechercher : les processus de résolution de problèmes, les stratégies, ou bien la rapidité de résolution des problèmes posés ? La présence des compétences académiques pour réussir à l’école ? La pluralité des des réponses à la question de l’utilité de l’intelligence est sans doute la plus riche de renseignements quant à la diversité des approches, et des profils possibles.

Le trépied de l’intelligence humaine

La théorie triarchique de Robert Stenberg nous amène sur le terrain de la psychologie de l’éducation qui l’utilise, et fait référence hors de nos frontières françaises. Posé en 1988, l’objectif est clair. Il s’agit ici de compléter les approches psychométriques c’est-à-dire, se basant uniquement sur les résultats aux tests de quotient intellectuel. La théorie triarchique considère trois intelligences :

  • analytique
  • pratique
  • Créative.

L’intelligence analytique est celle que l’on mesure traditionnellement avec les tests de quotient intellectuel (sur les échelles de Wechsler). Elle est utile dans les contextes académiques.
L’intelligence pratique concerne les connaissances tacites constituées de procédures. Cette forme d’intelligence se construit avec l’expérience. Elle est testée avec des déplacements, à la lecture de plans de métro par exemple. Ou toute forme d’exercice pratique qui nécessite une analyse de la situation, de la logique et du bon sens.
L’intelligence créative est utilisée face à une situation nouvelle. Elle permet de développer l’approche inédite nécessaire à la solution. Cet aspect fait l’objet de la 3e conférence de la matinée présentée par Olivier Houdé : L’intelligence en action dans le cerveau de l’enfant.

Les intelligences multiples

Mais c’est sans doute l’approche de Gardner qui résonne le plus dans le champ des sciences de l’éducation. Les 8 formes d’intelligence que Gardner défend existent selon lui indépendamment les unes des autres. Il s’agit de :

  • l’intelligence langagière
  • l’intelligence logico-mathématique
  • l’intelligence visuo-spatiale
  • l’intelligence musicale
  • l’intelligence kinesthésique
  • l’intelligence interpersonnelle
  • l’intelligence intrapersonnelle
  • l’intelligence naturaliste

Il n’y a pas de validation scientifique de cette théorie. Gardner lui-même ne souhaitait pas développer d’outils de mesure de ces aptitudes, ce qui a été contourné par la mesure des intérêts de l’enfant au moyen de grilles, questionnaires de mesure. Pour autant, les programmes éducatifs basés sur cette approche connaissent une certaine réussite.

Le modèle des trois anneaux

Cette conférence ne saurait se terminer sans présenter le modèle de Joseph Renzulli. Ce psychologue américain, spécialiste des questions éducatives ne conçoit pas le talent d’un haut potentiel en dehors de son environnement. Ainsi le haut potentiel trouve son expression au croisement d’aptitudes cognitives, créatives, et de capacités à investir les apprentissages. Renzulli en tire un schéma en trois anneaux qui résume sa pensée, et qui pourrait se traduire ainsi.

Traduction des 3 anneaux de Renzulli : Capacités intellectuelles, Créativité, Implication dans la tâche

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PS

Présentation du Laboratoire Adaptations Travail - Individu (LATI)
http://recherche.parisdescartes.fr/LATI


mardi 19 juin 2018
Crédit image en tête de ce billet : Janeb13 : Portrait d’Albert Einstein

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Notes de bas de page

[1Sur le principe, le facteur g désigne un ensemble d’éléments communs de 1er niveau définissant l’intelligence générale. Ces éléments tendent à mesurer des compétences sur lesquelles des individus auront des scores corrélés, car sous-tendues par des mécanismes communs. Ils s’opposent aux éléments de 2e niveau qui définissent des intelligences spécifiques. Ceux-ci tendent à montrer des compétences hétérogènes, moins corrélées entre elles.