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L’effet dominos du Dr Révol

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Dans les méandres de l’identification du TDA/H

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Douance, Tdah

Au fil du temps, ce jeu ne vieillit pas. On y a joué enfant (ou pas), on en voit dans les films, il est présent dans l’imaginaire collectif comme ce jeu autour duquel les personnes âgées se retrouvent dans les salons. On en voit même faire office de jeu de construction et d’adresse !
Mais au delà du champ ludique, on s’en sert aussi pour illustrer les effets en chaîne. Un seul élément déclencheur et c’est une cascade de conséquences, plus ou moins heureuses.
L’image est d’autant plus pertinente qu’elle restitue avec justesse la situation des personnes à fonctionnement spécifique.
Mais attention à ne pas tomber dans le piège inverse du faux positif ! Le TDA/H est un trouble complexe à identifier. Quelques points de repères parmi les apports des Dr Révol, Fumeaux et Viorrain.

C’est une image que le Dr Olivier Révol reprend souvent lors de ses interventions publiques, et quelques articles le formulent autrement. Je me suis retrouvée enfant en les lisant, et sous d’autres aspects, ma fille. Moi, à travers une approche du monde perturbée, qui plus est, altérée par un environnement familial peu propice au bien être. Ma fille, endossant une responsabilité personnelle à chacune de ses étourderies, finissant alors par se déprécier.

Derrière tout cela, il y a des troubles spécifiques qui doivent être reconnus. Reconnus pour dédramatiser, déconstruire les croyances venues parasiter la cause réelle du problème, et autres conséquences venues compliquer le tableau. Mais leur identification n’est pas triviale, notamment quand il s’agit d’un trouble déficitaire de l’attention, avec ou sans hyperactivité (TDA/H). Pour y voir plus clair, il existe des tests dans la panoplie du psychologue tels que le TEA-Ch (test d’évaluation de l’attention chez l’enfant). Il donne une idée quantitative des facultés attentionnelles soutenues, sélectives et distribuées. La réalisation d’un tel bilan permet d’orienter un diagnostic que le médecin sera à même de prononcer. Le médecin se réfère quant à lui à des procédures cliniques, que le Dr Révol nous rappelle.

Qu’est-ce donc ?

C’est aujourd’hui bien établi. Le TDA/H est un trouble dit neuro-développemental [1]. L’hypothèse s’est trouvée confortée par la récente classification du TDA/H dans le DSM5 [2]. Celui-ci est marqué de trois aspects, avec prédominances variables selon les individus :

  • déficit d’attention,
  • impulsivité
  • et hyperactivité.

Il met en difficulté le sujet dans ses apprentissages. Sont classiquement mis en exergue des problèmes de méthode, dans le respect des consignes, des problèmes d’écriture, des capacités réduites à la patience, à tolérer l’ennui...

Reconnaître le TDA/H

Le diagnostic nécessite donc de s’assurer :

  • De la mise en évidence d’au moins 6 des critères formalisés pour caractériser ce trouble au travers des trois aspects fondamentaux, sachant que ces critères sont communs à d’autres troubles, pathologies ou spécificités.
  • De l’adéquation des symptômes avec ces critères.
  • De la permanence des symptômes rapportés dans le temps (sur une base de 6 mois minimum) et dans au moins deux contextes de vie du sujet. Ce peut être par exemple dans le cadre professionnel et en famille pour un adulte, à l’école et dans les loisirs pour un enfant.

Mais le partage de ces symptômes avec d’autres troubles compliquent les choses. Le diagnostic du TDA/H ne peut être posé qu’après élimination de toutes les autres causes possibles, du moins celles dont la mise en évidence exclusive est plus accessible.

Le risque dominos du TDA/H

Avec un trouble aussi difficile à mettre en évidence, le risque de passer à côté est bel et bien là. Des premières manifestations du trouble à l’école (bavardages intempestifs, impatiences, interventions impulsives, libertés prises à l’égard de la consigne ou « paresse ») découlent les rappels à l’ordre (mots dans le carnet de liaison, remarques publiques, heures de colle et autres sanctions...). Un enfant débordé par son impulsivité subit là une double-peine : celle du comportement observé qui le dépasse, et celle des réactions autour de lui.

Ce domino fait chuter le suivant, celui de la performance scolaire. Les résultats s’en trouvent diminués, et offre de l’enfant une image qui ne correspond pas à celle qu’il pourrait fournir. L’étape suivante enclenche des réactions d’anxiété. La réaction en chaîne peut aboutir à des situations de phobies scolaires, voire de manifestations dépressives.

Le processus est valable aussi pour les adultes, au travail, dans les loisirs, dans le couple, la famille, les cercles amicaux... La cascade dérape lorsqu’aux yeux de l’entourage, l’agitation, l’impulsivité et/ou l’inattention deviennent une faute morale qui incombe au sujet, et pour laquelle il doit être sanctionné : pour paresse, bavardage intempestif, désobéissance, comme le rappelle également le Dr Wahl [3].

Le trouble attentionnel au milieu du reste

Le TDA/H, peut être caractérisé de manière spécifique par la méthode diagnostique vue plus haut. La démarche est importante pour éviter les hypothèses hasardeuses, et d’autant plus importante que le TDA/H partage certaines de ses caractéristiques avec d’autres spécificités, proches dans ses symptômes. Ce qui appelle à d’autant plus de rigueur que la situation exige précaution et pondération pour tirer la situation au clair, le risque d’erreur d’aiguillage est toujours possible.

Le risque dominos du haut potentiel

Parmi ceux-ci figurent les similitudes avec le haut potentiel (HP). Un profil spécifique qui, au delà des facultés propres et mesurables par un test de QI, influe la vie affective, sociale, avec le même risque sur les apprentissages. En cause, l’agitation, l’inattention, les possibles malentendus avec l’entourage et l’isolement social. Le profil est volontiers décrit comme tourmenté, sujet à des questionnements incessants, parfois anxiogènes. Traversé par de vives émotions, empathies ou intuitions, il exprime aussi un besoin de réponses rationnels et de maîtrise qui, mal compris, est source de malentendus, d’évitements, de fuites... Les Drs Révol, Fumeaux et Viorrain rapportent dans ce tableau un effet dominos possible débutant par la capacité empathique, source d’une intuition, puis d’une anxiété, qui entraîne une forme de dépression.
Ce profil plus complexe à identifier et proche du TDA/H appelle la même précaution différentielle que ce dernier. Voilà qui ne simplifie pas les choses...

Diagnostics différenciés : TDA/H ou Haut potentiel ?

Pour autant, il est possible de discerner un haut potentiel d’un TDA/H (ou l’inverse) chez un sujet qui ne présente qu’une seule de ces deux caractéristiques. La démarche de diagnostic est assez subtile. Ainsi la distraction et/ou l’agitation manifeste d’un sujet porteur d’un TDA/H se produit quel que soit le contexte. En revanche, les symptômes se produisent chez un sujet à haut potentiel de préférence dans des situations de stimulations intellectuelles insuffisantes.

Comment faire avec un TDA/HP ?

Les choses se compliquent encore en cas de coexistence, d’autant que l’un masquant l’autre, (et vice versa) les repérages sont souvent tardifs. Néanmoins, le Dr Révol nous l’indique, un premier élément de repérage d’un « TDA/HP » se trouve dans les résultats hétérogènes au test de QI. Classiquement, il s’agit d’un haut potentiel qui s’exprime sur les indices verbaux et perceptifs, et un résultat plus faible sur la mémoire de travail et/ou la vitesse de traitement [4]. L’hypothèse d’un haut potentiel troublé se pose dans ce cas. La démarche diagnostic consistera, comme dans le cas d’un TDA/H isolé, à :

  • déterminer l’existence de critères d’inattention, d’impulsivité et/ou d’agitation,
  • vérifier que ces critères soient au nombre minimal de 6,
  • présents de puis au moins 6 mois,
  • dans au moins deux contextes de la vie du sujet.
    Seule une réponse positive à l’ensemble des question valide un diagnostic de TDA/H.

Comment prendre en charge un TDA/HP

La question se pose essentiellement au regard de la scolarité d’un enfant. Lui offrir toutes les chances de suivre une scolarité à armes égales avec les autres nécessite de mettre en place des aides spécifiques. Le dr Révol évoque des mesures pédagogiques au travers des différents aménagements dédiés qui existent. Nous en avons déjà parlé pour les troubles « dys » dans ce billet, mais le dispositif convient pour les autres troubles des apprentissages. Bien évidemment, une information auprès de l’établissement est indispensable, avec le soutien des professionnels qui prennent l’enfant en charge.

Ceci se mène de front avec un soutien actif des fonctions instrumentales (ergothérapie, orthophonie, psychomotricité, graphothérapie), et des mesures thérapeutiques spécialisées.

Toujours et encore des dominos

Dans tous les cas, l’effet domino menace de dégrader la situation en cascades, dans laquelle les « défaillances » mnésiques impactent l’estime de soi. Et le principe se généralise à chacun de ces troubles, difficultés, tant qu’un diagnostic clair n’est pas venu mettre fin à l’effet nuisible. Les dyslexiques évoqués plus haut en font aussi les frais, bien que la conséquence pour ces derniers se limite davantage à la sphère scolaire [5].

La prise de conscience de ces effets en cascade est essentiel au parcours des enfants, et des adultes porteurs d’un TDA/H ou autre spécificité de fonctionnement. Elle permet de rendre à César ce qui est à César, de traiter la cause première du problème avant toute chose, et d’éviter les erreurs de diagnostic, puis de thérapie.

PS

Ce billet se réfère à l’article Haut potentiel intellectuel et TDA/H : ressemblances, différences, co-existence ? des dr O. Révol, P. Fumeaux et M. Viorrain, publié dans la revue de A.N.A.E. en 2016 ; 140 ; p25-32
Parution antérieure également accessible depuis le site TDAH France
https://www.tdah-france.fr/JIM-Haut-potentiel-intellectuel-et.html (inscription nécessaire)


jeudi 5 avril 2018
Crédit image en tête de ce billet : Angelo Rosa - Pixabay

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Notes de bas de page

[1On entend par trouble neuro-développemental un trouble qui apparaît durant le développement du système nerveux depuis la phase embryonnaire.

[2Le DSM-5 est la cinquième édition du Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders). En provenance des États-Unis, cette classification est une référence internationale en matière de psychiatrie.

[3Le Dr Wahl est pédopsychiatre, auteur de plusieurs ouvrages sur le sujet.

[4Ces indices verbaux, perceptifs, de mémoire de travail et de vitesse de traitement sont des entités appartenant au test standardisé de l’efficience intellectuelle qui fait référence dans le domaine. La version 5 divise désormais le perceptif en 2 indices distincts de raisonnement fluide et visuospatial

[5Le travail de Roselyne Guilloux peut être cité à ce sujet, dans L’effet domino « dys » : Limiter l’enchaînement des difficultés en repérant les troubles spécifiques des apprentissages et en aménageant sa pédagogie.