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L’école à mi-temps ?

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Une piste pour les enfants à besoins spécifiques

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Douance, Dys, Handicap, Scolarité, Tdah

Scolariser un enfant qui en a besoin à temps partiel : voilà une idée qui pourrait faire bondir certains parents et enseignants. Le principe existe dans le cadre spécifique des élèves en « double cursus », c’est-à-dire pratiquant à haute dose et à côté de l’école une activité artistique (danse, musique...) ou sportive.
Ce cas de figure répond à un besoin pratique. Celui de poursuivre autant que possible la scolarité de ces enfants et ces ados qui font le choix de se professionnaliser dans un sport ou un art de façon précoce.
Pour autant, d’autres élèves pourraient aussi y trouver leur compte. L’école à temps partiel, au delà du besoin pratique, devient alors une réponse pédagogique. Explication du besoin par l’exemple.

On ne la présente plus, Gabrielle ! La voici repartie pour une nouvelle année scolaire, désormais sur une section bilangue, avec un professeur d’italien et un autre d’anglais dès la 6e. Il faut dire qu’elle adore parler, déjà, en français, dans sa langue maternelle. Alors avec une marraine italienne, ce choix coulait de source, malgré les quelques heures de cours supplémentaires. A la clé, une section à double-bac, français et italien ! Donc les parents y trouvent aussi leur compte.
Passionnée d’archéologie, elle se voit déjà partir en expédition sur le sol italien, Rome n’a peut-être pas encore livré tous ses secrets, allez savoir...
Et puis, vous savez, « Quand je serai grande je serai..... » non rien. Tout est dit . Mais ce n’est pas tout. Gabrielle est aussi passionnée de danse classique et de musique. Au cas où, pour éviter l’ennui, nous ajoutons 5 heures de pratique hebdomadaire. Cerise sur le gâteau, les arts plastiques. Allez, nous casons encore 2 heures de plus ! Cela fait trop ? Il faut choisir ? Il va falloir s’y résoudre. Mais la question n’est pas de savoir que garder, mais que supprimer. On peut éventuellement gratter un peu du côté des arts plastiques. Et encore... en cas de réussite, d’autres activités sont sur la liste d’attente. La nature a horreur du vide, dit-on....

Ecole, métro, ortho, psycho...

Mais ce n’est pas encore fini. Gabrielle a des passions, mais aussi quelques difficultés dont nous parlons déjà ici : dyslexie, dysorthographie, dysgraphie, avec troubles attentionnels (Tda/h) et vision monoculaire. Le tout dans un contexte de haut potentiel intellectuel. Donc, vous l’aurez compris, nous repartons pour quelques heures d’orthophonie, d’orthoptie, de psychomotricité et d’ergothérapie supplémentaires dans la semaine, entre 3 heures et 3 heures 30... Et pour quelques années encore.

Alors comme tous les ans en début d’année, les parents repartent sur le casse-tête du planning. Tout doit rentrer en une semaine. Je me suis améliorée en quelques années de pratique : jouer à Tétris [1] avec des briques temporelles, des contraintes de créneaux horaires, de déplacements et un bon algorithme décisionnel nous a sauvé la mise jusqu’ici. Là, je m’entraîne pour l’année prochaine.

Face à tout cela, heureusement, Gabrielle bénéficie d’aménagements. Il en existe surtout au regard de ses difficultés. Avec un plan d’aide personnalisé, une auxiliaire de vie scolaire (AVS), Gabrielle a ce qu’il faut pour réussir, et ses résultats scolaires s’en ressentent. Tant mieux. Mais nous avons un autre souci.

L’équation à résoudre

Gabrielle n’apprécie l’école que pour y retrouver ses camarades. Le reste, elle s’en accommode tant que les résultats la valorisent. Pourtant, elle s’ennuie. Non pas que ses professeurs soient mauvais, ou confus. Loin de là. D’ailleurs, l’environnement d’une classe bilangue est intellectuellement stimulant, ce qui n’est pas négligeable. Mais elle s’ennuie en cours. Son naturel agité reprend alors le dessus, et ce comportement lui joue régulièrement des tours.
A côté de cela, une fois les grilles de l’école franchies, l’emploi du temps de Gabrielle s’alourdit soudainement. Qu’il s’agisse de ses rééducations multiples ou de ses activités, ses mercredis après-midi, ses fins de journées et ses samedis, tout son temps libre y passe. Résultat : plus assez de temps pour les devoirs (ce qui l’arrange d’ailleurs, mais ça c’est encore un autre problème !) et pour souffler, la semaine est trop chargée.

Finalement, le problème est simple dans son expression mais complexe dans sa solution. Il faut considérer ce déséquilibre. Beaucoup de temps passé à l’école, avec ennui, et trop peu de temps restant pour tout le reste, y compris ses besoins para-médicaux. L’enjeu est double :

  • Éviter que cet ennui ne finisse par lui faire prendre l’école en grippe, même si ses activités extérieures qu’elle vit à 200% comblent ce besoin d’adrénaline.
  • Trouver du temps supplémentaire pour aérer le planning et y placer parcours de soins et activités.

L’équilibre scolaire / périscolaire

Des réponses scolaires qui conviennent aux enfants comme elle existent. Saut de classe ? Pédagogie différentiée ? Oui, peut-être, mais pas totalement satisfaisant. Le problème numéro un dans le cas de Gabrielle est un problème de gestion du temps.

Le premier conseil prodigué autour de nous : réduire la voilure sur les activités périscolaires qui risquent de l’épuiser. Nous sommes d’accord sur le constat de ce risque. Mais la solution n’est pas adaptée à son profil. Non seulement elle continuera de s’ennuyer en classe, mais les échappatoires qu’elles pouvait trouver en dehors seront amoindris. Moins chargée, mais frustrée, donnera-t-elle toujours autant le meilleur d’elle-même à l’école dans cette configuration ? Le remède n’est-il pas pire que le mal ?

Peut-on alors envisager les choses autrement, et oser réfléchir dans le sens inverse : réduire la voilure côté école.... Impensable ? Pas tant que cela. Puisque des dispositifs existent pour les artistes et les sportifs, dans le système français, ce sont des Classes à Horaires Aménagées (CHA) : Sport, Musique, Danse, Théâtre.... Cours le matin, conservatoire ou club de sport l’après-midi (ou l’inverse). Gabrielle ne demanderait pas mieux. Qu’à cela ne tienne, puisque sa pratique au conservatoire le lui permettrait. Elle n’aurait plus le temps de s’ennuyer à l’école, puisque le même programme est suivi en moins de temps, et on en profiterait pour placer les rééducations multiples, sans se sentir à l’étroit dans un emploi du temps, de fait, plus détendu et peut-être plus serein. De plus, elle ne serait plus obligée de considérer ses activités comme simple variable d’ajustement sur sa fatigue.

Un choix cornélien

Oui mais.... on abandonne le cursus bilangue. Des heures entières de recherches pour en arriver à cette conclusion : les parcours à horaires aménagés pour des raisons pratiques ne sont accessibles que sur une scolarisation sans option spécifique, ou du moins sur des options plus populaires. Et inutile d’aller chercher le complément au CNED [2] : l’italien en 1ère langue n’est pas proposé.
Autrement dit, cette réalité nous place face à un cas de conscience : devons-nous miser sur les études en privilégiant la section bilangue et les ouvertures bi-nationales, voire européennes ou miser sur l’accessibilité et l’adéquation au profil de Gabrielle en privilégiant les horaires aménagés ?Comment peut-on mettre une famille face à un tel choix, qui implique un sacrifice dans les deux cas, avec des risques :

  • Celui de voir une enfant frustrée, épuisée, se désintéresser peu à peu du monde qui l’entoure pour lui permettre de déployer ses compétences académiques (tout en poursuivant les rééducations dont elle a besoin).
  • Celui de sacrifier des compétences académiques, et un possible avenir étudiant prometteur dans un contexte international. Faciliter ainsi l’organisation de son temps au plus près de ses besoins dans une filière à horaire aménagés.
    Dit autrement : Y a-t-il compatibilité entre un parcours scolaire à options spécifiques choisies dans l’école publique ordinaire et les besoins particuliers d’organisation du temps d’un enfant liés à un fonctionnement et / ou à des troubles spécifiques ?

Une piste à creuser ?

Aussi pourrait-on considérer qu’une scolarité aménagée sur des demi-journées quelles que soient les options, aussi rares soient-elles, puisse constituer une réponse pédagogique.

Que cette réponse convienne à des enfants qui en ont besoin pour leur bon développement. Cela vaut pour un enfant souffrant de troubles dans ses apprentissages, et plus largement, en présence d’un handicap dont les prises en charges sont indispensables, lourdes et durables.
Cela vaut aussi pour un enfant à haut potentiel face à l’ennui, et pourtant curieux de tout. Un enfant qui ne peut pas envisager ses journées sans les vivre avec intensité dans le monde qui l’entoure.

Et j’insiste sur le fait qu’il ne s’agisse pas de simples dispenses de présence en cours accordées individuellement (nécessitant alors des rattrapages à la maison, ce qui rendrait caduc l’intérêt du dispositif !) mais bien d’aménagements de l’enseignement pour que le programme de l’année tienne sur des amplitudes hebdomadaires plus faibles. Ceci, de sorte que l’enfant n’ait pas à rattraper chez lui d’éventuel cours loupés. C’est ainsi que les cursus CHA sont construits, c’est ainsi qu’il serait bon de les appliquer aux enfants à besoins spécifiques.

Pour Gabrielle, cela vaut à double titre. Parce qu’elle est l’un ET l’autre, à haut potentiel et avec des troubles.
Cela pour satisfaire un grand appétit, quasi vital, d’art et de culture, et pour envisager ses rééducations multiples en raison des troubles qui accompagnent son potentiel, sans sacrifice sur la scolarité qu’elle a choisie. L’enjeu pour nous est de lui laisser le temps d’être ce qu’elle est : une enfant hors norme avec des aptitudes scolaires, extra-scolaires ET des troubles spécifiques.

PS

Un exemple de rythmes scolaires dans le système traditionnel allemand, expliqué ici :
Le système scolaire allemand : un système idéal ?


jeudi 19 avril 2018
Crédit image en tête de ce billet : Harish Sharma (harishs) - Pixabay

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Notes de bas de page

[1Tétris est un jeu de puzzle vidéo avec des briques de géométrie variable que le joueur doit agencer au fur et à mesure qu’elles tombent pour réaliser des lignes complètes dans un espace délimité.

[2Dans le système français, le Centre National d’Enseignement à Distance est une structure de l’enseignement public permettant l’accès à des cours lorsque ceux-ci ne sont pas disponibles ou envisageables pour des raisons liés aux établissements ou aux situations. Des cours libres en dehors de toute contrainte sont aussi possibles.