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Être surdoué-e : un cadeau... épineux ?

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De la écouverte aux questions ouvertes

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Douance, Hypersensibilité

Haut-potentiel, surdon, précocité intellectuelle, douance (terme canadien), autant de termes pour dire la même chose. De la découverte d’une notion nouvelle à son identification... quelques réponses -toutes personnelles- aux questions posées une fois le verdict tombé.

Même si aucune de ces expressions ne donne la mesure juste de la chose, toutes désignent des capacités intellectuelles hors norme (au sens statistique du terme), assorties d’une grande réactivité à différents niveaux : émotionnel, sensoriel, relationnel... En découle alors un sentiment de décalage : aller trop vite, se poser trop de questions, ne pas avoir les mêmes évidences... sont autant de sources de quiproquos, d’incompréhensions qui ponctuent le quotidien. Une série de situations sociales plus ou moins heureuses qui au final compliquent la construction de l’image que l’on a de soi, et ceci depuis la plus tendre enfance.

Le mot et l’idée...reçue

Découvrir l’origine de ces discordances est libérateur. Mais cela ne marque pas la fin des difficultés. Poser le mot juste sur ce que nous sommes en réalité, c’est bien. Mais il y a un autre souci, comme si un seul ne suffisait pas... Il faut maintenant pouvoir l’expliquer sans passer pour un extra-terrestre pédant, disjoncté en mal de reconnaissance. Parce qu’il est bien là le problème : le don, le surdon, la précocité, le haut potentiel et toutes expressions associées véhiculent un tas d’idées parasites qui viendront fausser la perception de vous, et dénaturer votre propos.

La psychologue clinicienne Jeanne Siaud-Facchin utilise le terme de « zèbre » pour désigner ces personnalités singulières. Ce terme a beaucoup de succès. Il présente l’avantage d’éviter cette surcharge de fantasmes. Elle l’explique par la configuration unique des rayures d’un zèbre à l’autre, insistant sur la grande variété des profils. C’est aussi le seul équidé que l’homme ne peut apprivoiser. Mais on en trouve d’autres, notamment le terme canadien de douance, selon moi, assez juste et neutre.

Du fil de l’histoire...

La littérature abonde désormais, mais l’état de la connaissance que nous avons aujourd’hui ne remontent qu’aux alentours des années 2000. Les enfants de ma génération n’en ont donc pas profité :-(. Pour autant, il n’est jamais trop tard pour se rattraper, comme je l’évoque ici.
Les premières mesures de l’intelligence sont pourtant bien moins récentes, en ce qui concerne les débuts du Quotient Intellectuel, ou « QI », il faut s’intéresser à Stern, et à l’équipe Binet-Simon pour voir émerger cette notion en début de 20e siècle. La nouveauté arrive bien plus tard, et révèle un fonctionnement intriqué entre l’intellect et les émotions, manifeste chez les personnes à haut potentiel. Une spécificité sans doute générale, mais plus visible dans cette population qui représenterait 2 à 3 % de la population globale. On parle plus précisément de 2,3% en référence à la distribution statistique, pour un QI atteignant le seuil communément admis de la douance.

...au fil de l’actualité

Ce fonctionnement se caractérise au plan neurologique par une connectivité plus massive entre certaines aires du cerveau. C’est ce qui a été mis en évidence par une équipe de recherche du CERMEP-Imagerie du Vivant, menée par Fanny Nusbaum, Dominic Sappey-Marinier et Olivier Revol au centre hospitalier et universitaire de Lyon et de l’Université Lyon 2. L’IRM fonctionnel réalisé sur un groupe d’enfants a permis de montrer que ce phénomène, général aux enfants à haut potentiel, se déclinait en deux grands profils distincts.

Des profils différents qui semblent recouper ceux dits « homogènes » et d’autres dits « hétérogènes », à l’image des résultats obtenus dans les différents champs testés par un bilan psychométrique. La situation particulière des profils hétérogènes est d’autant plus complexe à déterminer : les écarts observés entre les scores ne permettent pas d’obtenir un QI significatif. Dans ce cas, la compétence du psychologue face à de tels profils est déterminante (pour ne pas risquer de « passer à côté »).

Un ordinaire excessif

Un-e surdoué-e n’est pas nécessairement un génie ou un grand artiste. Les génies et artistes dont le talent particulier est connu le sont peut-être, mais tous les surdoué-e-s n’en sont pas, loin s’en faut ! Il existe beaucoup de surdoués ordinaires, mais qui diffèrent dans leur manière de fonctionner et d’être au monde. En voici quelques caractéristiques qui se retrouvent partiellement, ou en totalité, selon les profils. Du vécu :-) :

  • Une tendance générale à l’hyper-fonctionnement cérébral, dans l’excès. Tout est trop. Trop rapide, trop réactif, trop sensible, trop émouvant, trop injuste... trop. D’où la difficulté que peut rencontrer une personne à haut potentiel à gérer ses émotions. Le lien évoqué plus haut entre les sphères cognitive, sensorielle, émotionnelle joue un rôle central. En d’autres termes, la rapidité de la pensée va de pair avec une sensibilité beaucoup plus grande (parmi émotions, sens...).
  • Une pensée foisonnante, incessante qualifiée d’arborescente ou divergente. A partir d’une idée afflue rapidement un réseau entier de pensées connexes à la rapidité qui n’en permet pas toujours la capture et l’exploitation. Un mental avec pensées et émotions turbulentes qui semblent se retrouver chez les personnes à haut potentiel comme chez celles qui subissent un trouble déficitaire de l’attention (avec ou sans hyperactivité), ou TDA/H.
  • Une intuition exacerbée : ce sont parfois de simples impressions auxquelles on ne fait pas nécessairement confiance. Elles sont parfois pertinentes. Toute la question est de savoir s’il est souhaitable ou non d’en parler, surtout lorsque cette impression apporte une clé utile, voire essentielle dans une situation donnée. Mais attention aussi aux attentes (ou aux tabous) des interlocuteurs : Toute vérité n’est pas bonne à dire, en allant trop vite, les filtres sociaux ne sont pas toujours mobilisés dans les temps et la gaffe n’est jamais loin.
  • un comportement instable, pouvant se marquer dans la gestion du quotidien, dans les centres d’intérêts, dans la vie amoureuse ou professionnelle...

Quand j’ai appris que j’étais surdouée....

On peut voir cela comme un bagage avec lequel on vient au monde, on vit, puis disparaît. Il ne nous quitte jamais. Et souvent on ne s’en doute pas. Alors quand je l’ai su, j’ai été assaillie de questions !

Je venais de comprendre une partie de ce que j’étais, il fallait maintenant poursuivre ce chemin que je venais d’entamer. L’une des première questions a été de me demander :

>> Mais où sont les autres ?

Autrement dit, comment entrer en contact avec d’autres personnes dans la même situation ? Une réponse à cette question se trouve dans le choix des associations à rejoindre, comme il en existe un certain nombre. L’une des plus connues, et spécifiquement orientée sur le haut potentiel, est Mensa. Association internationale à laquelle on adhère sur test, ou en présentant un bilan psychologique faisant état d’un haut potentiel. Les adhérents sont variés, comme dans la vie, il n’est pas garanti que nous ayons beaucoup à échanger avec tout le monde sur ce seul critère.
Il y en a d’autres, plus ou moins formelles.

La deuxième question tient à une prise de conscience : une fragilité psychique avec laquelle j’ai dû apprendre me construire trouvait enfin un facteur, si ce n’est LE facteur clé de son existence. Pour autant, les surdoué-e-s ne sont pas tou-s-tes fragiles sensibles, curieu-x-ses, instables, tout cela à la fois ou en partie. Mais pour ce qui me concerne, l’une des conséquences de cette fragilité touche la relation au travail.

>> Comment vais-je orienter mon avenir professionnel, maintenant ?

Certains de ces surdoués vagabondent, passent d’un travail à l’autre, étudient progressent, et accomplissent de belles choses puis laissent tout tomber. Pendant ce temps, d’autres occupent des postes d’experts brillants ou de chefs de services avec une absolue constance, et déroulent sans accroc une carrière confortable et sereine. Moi, je fais partie de ces vagabonds, qui traverse des "crises de sens" tous les 5 à 7 ans. Ce sont des cycles au bout desquels j’arrête tout, sans comprendre pourquoi. J’ai par ailleurs beaucoup de mal à m’astreindre à un seul domaine. Toutes ces composantes déterminent bel et bien un profil instable, pas facile à vivre, et à employer. Surdouée ordinaire, zapette à la main.... Une forme de nomadisme qui trouverait peut-être sa place chez les multipotentiels. J’en parle dans ce billet. L’accepter au lieu de chercher le fil conducteur à tout prix me semble un début de réponse intéressant.

En bref, la douance est avant tout un fonctionnement spécifique, un peu plus compliqué qu’un score de QI. Le seul moyen de savoir ce que l’on est est de réaliser un bilan chez un psychologue. Seuls les psychologues sont habilités à le réaliser, bien que tous ne soient pas formés et compétents sur ce domaine. Le choix du professionnel est donc fondamental, et en premier lieu pour les profils hétérogènes qui nécessitent plus que tout expérience et profondeur d’analyse. Il s’appuiera sur des tests de personnalités associés au QI tout autant indispensables.

Comprendre tout cela a été essentiel, mais il me semble pourtant que plus j’avance, plus il y a de choses à découvrir. J’ai d’autres questions qui trouveront sans doute des réponses, à plus ou moins longue échéance, peu importe, l’essentiel, c’est d’avancer.

PS

Quelques liens au sujet de l’étude de du CERMEP : l’activité cérébral des enfants à haut potentiel, deux profils :


lundi 12 février 2018
Crédit image en tête de ce billet : Dimitris Vetsikas

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