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Efficace et dispersé-e !

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Tirer parti d’un TDA (trouble déficitaire de l’attention)

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Tdah

C’est un fait quasi universel. Dans tout travail de réflexion ou de rédaction, les idées ne viennent jamais dans le bon ordre, ni au bon moment. C’est vrai pour tout le monde, mais ça l’est plus particulièrement pour les personnes qui vivent avec un trouble déficitaire de l’attention, avec ou sans hyperactvitié (TDA/H). Et quand ce trouble cohabite avec un haut-potentiel intellectuel, eh bien ce n’est pas triste : vous ajoutez à vos difficultés de concentration un flot de pensées incontrôlables qui vous submerge. Bref : c’est le problème que nous connaissons tous, mais puissance 10. Ici je vous livre mes petites astuces pour tirer profit de la situation, plutôt que de la subir.

Vous êtes assis à votre bureau devant un bloc-notes désespérément vide, face à un problème. Malgré un labourage cérébral intense et prolongé, rien ne vient, aucune inspiration. Pas grave, demain sera votre jour de repos. Le lendemain, le jour de repos, vous relâchez toute la pression sous une bonne douche tiède. L’esprit vagabonde, vous pensez au repas de ce midi, et là bam ! Une petite idée furtive fait irruption. Celle-ci va résoudre le problème qui vous avait retourné le cerveau toute la journée d’hier en vain. Vous n’avez rien pour noter, et pour cause, vous êtes sous la douche. Qui plus est, lorsque la tête se met en marche, elle ouvre le débit, il va donc falloir noter cette idée au plus vite avant qu’elle ne soit délogée par le flot des idées suivantes. C’est le déclic qui a déclenché l’avalanche. La douche devra donc être écourtée pour courir dans la chambre et prendre des notes, dans votre plus simple appareil (parce que bien entendu, vous n’aurez pas le temps de vous habiller, ce serait trop facile).

Autre exemple, dans la situation inverse : vous avez un souci avec votre fournisseur internet, le support technique ne trouve pas de solution, il n’y a pas d’autre issue que de résilier et aller voir la concurrence. Mais il va falloir montrer que ce problème n’est pas de votre fait pour échapper aux frais de résiliation. C’est compliqué, c’est un peu technique, et vous ne savez pas par où commencer... Scène suivante, vous voilà au travail, vous devez rendre le compte-rendu de la réunion d’hier. Vous relisez vos notes et là bam, et re-bam ! Une idée d’argument, l’argument central, le meilleur, celui que vous trouvez dans l’utilisation quotidienne de votre box. Vite, vous lâchez votre compte-rendu pour jeter rapidement les idées qui vous sont venues à l’esprit sur un bout de papier. Encore heureux que ce flash ne soit pas apparu à la cantine avec les collègues en pleine conversation "vacances" !.

Tout noter tout de suite, ici et maintenant

Vous êtes en train de vivre un problème de cloisonnement. Tout le monde peut vivre cela, mais la difficulté lorsque l’on vit un TDA tient dans le fait qu’il est très difficile de retenir ces idées plus de quelques secondes. Il n’y a rien d’autres à faire que de se plier à cet état de fait, et d’avoir toujours son carnet de notes sur soi pour tout noter, tout de suite. La pensée n’est pas linéaire, nous en subissons les assauts irréguliers et capricieux, sans lien avec notre propre organisation. Et les idées les plus capricieuses sont souvent les meilleures. C’est l’inspiration des artistes ou des ingénieurs, mais le terme est généralisable au delà de la sphère des créateurs.
Donc en toute circonstances, toutes, y compris à la salle de bain et aux toilettes, il vous faudra un bloc-notes et un crayon. Et ce principe est d’autant plus impératif que la capacité à garder ses idées en mémoire est limitée avec un TDA, parce qu’il y en a plusieurs en même temps et parce que n’importe quelle source de distraction dans votre environnement devient une menace pour votre mémoire. Les idées qui suivent en torrent sont souvent sans rapport avec le sujet, et pas toutes d’un intérêt égal. Il n’est pourtant pas possible d’appuyer sur pause jusqu’à trouver son bloc-notes. Alors avant de voir vos pensées vous entraîner toujours plus loin du déclic originel, notez...

Reste ensuite à reprendre le cours de ce qui a été interrompu, ce qui n’est pas simple non plus, à moins d’être assez rapide pour noter votre idée puis de reprendre le fil de ce que vous faisiez avant son apparition, sans vous perdre. Encore toute une histoire avec un TDA...

Dans l’ordre ?

Certains travaux nécessitent de mettre en ordre des séquences, ou de réaliser des actions dans un ordre précis : 1 puis 2 puis 3. Or, toujours dans le même esprit, vous pouvez avoir l’intuition géniale pour la 3e étapes mais aucune pour celles qui précèdent, pourtant indispensables à la réalisation de la 3e. Là aussi, tant pis pour l’ordre qui pourra être vu après. Pour ne pas perdre cette 3e étape, il faut la noter, quitte à mettre 2 tirets au dessus pour indiquer que vous devez continuer à chercher. Sinon, le temps de chercher les préalables vous fera courir le risque de perdre cette 3e étape. Cela revient finalement à passer à l’étape suivante dans n’importe quelle situation si nous bloquons sur celle d’avant, en acceptant d’appréhender la séquence dans un ordre que vous n’anticipez pas.

La liste des tâches

On la fait parfois pour les courses, on peut la faire pour tout ce qui est à réaliser. Parce que notre esprit bien distrait aura toujours plein d’autres sources d’attraction que de se focaliser sur le travail qui doit être pris en charge. C’est un moindre mal qui permet de tenir à distance autant que possible le « tout tout de suite », quand l’efficacité d’une pensée se réduit à sa mise en oeuvre immédiate.

D’ailleurs, c’est aussi un classique de la dispersion mentale : une fois la liste dressée, vous passez à l’action, et vous vous apercevez que vous avez oublié un point important. Alors, au lieu d’aller rallonger votre liste, vous vous interrompez pour passer à cette dernière idée, comme ça on n’en parlera plus, pensez-vous. Mais vous n’êtes pas à l’abri d’en voir encore d’autres s’inviter par surprise. Et vous aurez finalement passé votre journée à faire tout autre chose que ce que vous aviez noté. La liste est donc reportée au lendemain, avec cette désagréable impression -et fausse- que vous n’avez pas avancé dans votre journée, parce que la liste vous a juste permis de fixer.... ce que vous ne ferez pas aujourd’hui, mais plus tard. Mais.... du moment que c’est noté, ce n’est pas perdu. La liste est donc, malgré tout, un incontournable que la gestion mentale pour tenter de sortir de l’oppression de l’immédiateté, et planifier un minimum.

Et si les vannes ne s’ouvrent pas toutes seules ?

Aucune idée ne vient, ce qui et compliqué lorsqu’il y a un délai à respecter. Vous attendez l’étincelle, mais le temps passe et rien ne vient. En fait, si l’étincelle vient souvent au mauvais moment, elle vient aussi parce qu’auparavant, vous aviez déjà débuté une réflexion. Tout ce qui précède n’a donc pas pour objectif de vous dire qu’il est inutile de réfléchir, et d’attendre. Pas du tout. Le fait d’avoir commencé des recherches qui n’ont pas abouti sur le moment peut faciliter la bonne idée, mais pas tout de suite (quand vous serez sous la douche, par exemple). La solution est donc de vous y mettre, face à votre page blanche, mais de ne pas vous accrocher si rien ne vient, et passer à autre chose. Il faut se faire confiance, un processus a été lancé à bas bruit, votre réflexion n’aura pas été inutile, même si on ne maîtrise pas le moment où elle portera ses fruits, vous en aurez juste favorisé l’apparition. Il est donc indispensable de ne pas s’y prendre au dernier moment pour ouvrir la réflexion. Quelques heures, ou quelques jours après, il n’est pas rare d’avoir LA bonne idée, comme d’habitude, lorsque vous n’y penserez plus du tout.

Écarter les sources de distraction que vous estimez non productives

Autre point important : sur le web, éviter absolument les « pièges attentionnels », les sites à forte présence publicitaire et certains réseaux sociaux sont ainsi fait qu’une fois dedans, l’attention est sollicitée de toute part et partout en même temps. Ce n’est déjà pas simple de garder le cap (de l’information recherchée par exemple), alors imaginez pour les personnes atteintes du TDA, c’est littéralement impossible !

D’ailleurs, c’est un aspect qui est considéré dans la liste des critères de référence dont les professionnels du développement web sont censés tenir compte lorsque les sites mis en place se disent conforme à ces référentiels. On y trouve ainsi quelques critères à l’égard des personnes atteintes de troubles cognitifs (appellation qui recoupe des difficultés très larges) préconisant, par exemple,
que chaque contenu en mouvement ou clignotant soit contrôlable par l’utilisateur [1]. Imaginez la ruine que pourrait provoquer l’application de ce critère sur les plus importantes plateformes de streaming vidéo ou autres réseaux sociaux tirant profit de revenus publicitaires....

Donc vous m’avez compris, votre efficacité devant un écran sera optimisée si l’onglet de votre réseau social préféré reste fermé, si celui-ci n’est pas indispensable à votre travail, bien entendu !

En conclusion, la clé de voûte, c’est renoncer à l’ordre. Les idées sont des feux de paille, il faut les fixer comme elles viennent pour ne pas les perdre, quitte à les organiser ensuite, une fois notées. Ces idées qui s’invitent à l’improviste, et repartent aussitôt sont souvent meilleures que celles que sommes allés chercher. Il faut en profiter !

samedi 30 novembre 2019
Crédit image en tête de ce billet : Jan Vašek - Pixabay

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Notes de bas de page

[1Pour plus de détails, le lecteur peut se reporter à la version française de ces recommandations sur le Référentiel Général d’Amélioration de l’Accessibilité - rubrique Consultation - mis en ligne dans sa version 4 par la direction interministérielle du numérique (DINUM), sur numerique.gouv.fr