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Surdoué-e, moi ? bof.... Et après ?

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Pourquoi et pour qui est-ce important de savoir ?

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Douance

A la question : « ne serais-tu pas un-e surdoué-e qui s’ignore ? » posée à quelques personnes de mon entourage, on a pu me répondre parfois : « oui, possible, et après, ça changerait quoi ? »
Alors pourquoi se poser la question ? Pour qui est-ce important ?
Voici le point pour ce qui me concerne. J’y explique en quoi cette information a été essentielle dans mon parcours, le nouvel éclairage qu’elle a pu apporter a posteriori, et comment je peux désormais orienter ma réflexion personnelle et professionnelle à l’aune de cette donnée.

  • « Être intelligent, c’est bien, mais ça ne fait pas tout. »
  • « Le savoir, ça ne changera pas ma vie. »
  • « Oui j’ai des capacités, mais à quoi ça sert si je ne peux pas m’en servir pour vivre correctement ? »

Voici quelques unes des phrases entendues lors d’échanges avec des ami-e-s de profils très divers, mais qui présentaient un point commun. Qu’il s’agisse d’une intuition vive toujours en éveil, d’une rapidité à comprendre le monde environnant, d’une forme de nomadisme intellectuel jalonné de passions dévorantes et brutales, d’un fort attrait pour les jeux de logique ou de stratégie (et plus c’est compliqué plus c’est intéressant), ou encore d’une tendance spontanée à faire des liens et digresser verbalement (et parfois de façon fâcheuse) ....
A mes yeux, chacune d’elle avait tout intérêt à explorer cette présomption de douance. A mes yeux, et souvent, seulement aux miens.... Pourtant, même si l’idée chatouille un peu, elle croise quelques résistances.

Mais je ne suis pas un chiffre !

Se reconnaître dans ce schéma pose déjà quelques problèmes, identitaires notamment. Il y a ce cap à franchir. Mais une fois le doute installé, il y a un nouvel obstacle : celui du bilan. Et parfois, il est préférable de ne rien savoir. Et pourtant....

Le bilan contient -entre autre- une épreuve qui vise à déterminer un quotient intellectuel, ou QI, sur la base de plusieurs subtests. Mais le résultat de cette épreuve n’est pas une fin en soi. Effectivement, avoir un QI élevé ne change pas grand chose dans l’absolu, ni le jour où on l’apprend, ni pour la suite.

Ce qui est fondamental en revanche, c’est de comprendre en quoi ce chiffre ou les indices qui le compose peut/peuvent être lié-s à un fonctionnement psychique, une organisation de la pensée, des émotions, des idées dont la spécificité structure notre rapport au monde. Et en quoi ce rapport différent nous écarte du fonctionnement standard. C’est là que ça devient intéressant. Sans ce lien, il n’y avait pour moi aucun intérêt de faire un bilan psychologique.

Je me sens juste....bizarre

Et tant que je ne m’étais pas intéressée à mon organisation mentale, je ne voyais pas d’où pouvait venir ma « bizarrerie », mon décalage. Un déphasage vécu avant tout au plan social. Il ne m’était pas venu une seconde à l’esprit l’idée qu’il pouvait venir de ma tournure d’esprit compliquée, de mes inhibitions développées parce que souvent confrontées à l’incompréhension des autres.

  • Que l’on prenne une histoire par la fin, au lieu du début,
  • que l’on se complique un problème en y introduisant de nouveaux paramètres, au lieu de le résoudre avec ce que l’on a déjà sous la main,
  • que l’on multiplie les hypothèses, ou au contraire, que l’on arrive à la bonne idée, la solution, sans savoir comment on en est arrivé là...

...il y a toujours quelque chose qui ne fonctionne pas pareil. Mais je ne le savais pas. Je pensais au contraire que tout le monde devait fonctionner un peu comme cela aussi. Mon problème était donc lié à ma personnalité, et uniquement à cela, voilà tout. Je l’ignorais, mais je faisais fausse route....

Et puis je n’ai pas le temps / pas les moyens

La question du temps est indissociable de celle de l’implication individuelle, et des priorités que l’on se donne. Un bilan psychologique représente un investissement. Il a effectivement un coût et n’est pas accessible à toutes les bourses. Un investissement personnel : se sentir prêt à s’y soumettre, et à remettre en question des éléments personnels déterminants. C’est sans doute ce dernier point qui effraie le plus. La démarche est intime, et une fois la décision prise, il existe une solution à moindre coût, mais évidemment largement moins instructive. L’association Mensa (présente dans de nombreux pays) propose des tests qui permettent de déterminer ou non sa position sur la tranche statistique correspondant à celle des hauts potentiels. Cela ne remplace pas le bilan mais donne une première idée.

Alors pourquoi est-ce important ?

Pour comprendre ce que je suis, et pourquoi j’ai eu tant de mal ! Enfant, puis adolescente, je ne me foulais pas trop à l’école. J’ai pu avancer d’année en année en restant juste dans la moyenne, en écoutant en cours, et en prenant des notes que je ne relisais pas. Mais aussi, je vivais dans une sorte de bulle sans trop réussir à communiquer avec mes pairs, j’avais un problème de place dans le groupe, même si cela se passait mieux dans un contact plus proche avec une seule autre personne. Et après, quel rapport ?

Eh bien nous y sommes. Voilà précisément la réponse que m’a apporté ce bilan. Et là, j’ai compris deux choses :

  1. Que mon organisation mentale était un peu marginale, tout le monde ne fonctionnait pas sur ce modèle : je suis une fille compliquée, je subis un flot de pensées rapide et brouillon, je n’en tirais pas toujours profit.
  2. Et que l’organisation intellectuelle qui en découlait n’était que la partie visible d’un iceberg qui embarquait bien plus que l’intellect : les émotions, les sensations.... tout était vécu un peu sur le même modèle : intense, rapide, non maîtrisé. Et c’est là que ça se corse, lorsque ce fonctionnement imprime en moi des images, des sons, des souvenirs furtifs qui viennent brouiller mon contact avec le monde présent (même si toutes ces impressions en sont également tirées).

Pour qui est-ce important ?

Tout le monde ne trouve pas nécessairement son intérêt à découvrir tout cela. En particulier, lorsqu’ aucun dégât n’a été causé (ou que l’on pense que...) dans la sphère scolaire, sociale, professionnelle.... Après tout, si tout glisse, il n’y a pas d’intérêt particulier à se questionner. C’est pour cela que les surdoué-e-s qui vont bien s’ignorent plus facilement que celles/ceux qui s’en tirent moins bien.

Mais lorsque le rapport au monde a été compliqué, douloureux (qu’il le reste ou non), lorsque des fragilités psychiques connexes s’invitent au tableau, cette découverte prend tout de suite une autre ampleur. Et même sur le tard, elle est fondamentale. J’en parle ici.

Il n’est d’ailleurs jamais trop tard. Au delà de l’enfance, de l’adolescence, il y a la vie adulte, avec ces particularités que vivent les adultes surdoué-e-s dans le monde du travail. Elles touchent le rapport difficile à la hiérarchie, le besoin d’autonomie, de changement professionnel fréquent, l’ennui lié à la rapidité d’exécution.... qui viennent grandement compliquer les choses.

Parce que le haut potentiel peut produire de l’inadaptation [1], il est toujours temps de passer à l’action, et d’éclairer son parcours passé, son présent, d’une lumière nouvelle. Et enfin, de regarder l’avenir différemment, avec cette fois-ci, un peu plus de cartes en main.

PS

A lire sur le même sujet ce billet du blog des tribulations d’un petit zèbre.


dimanche 24 décembre 2017
Crédit image en tête de ce billet : Alexandra (München)

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Notes de bas de page

[1Cette idée est soutenue notamment par Véronique Dufour dans sa thèse de psychologie clinique. Elle se base sur son étude de deux groupes d’enfants présentant de graves difficultés d’adaptation de l’institut spécialisé Beaulieu dans les Pyrénées Atlantiques. Résumé accessible ici