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Le TDA/H pour les nuls : l’exemple du téléphone

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Gaston Lagaffe victime du grand méchant loup

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Tdah

Trous de mémoire à répétition, impatiences, distractions.... tel est le quotidien des personnes qui subissent le Trouble Déficitaire de l’Attention avec ou sans Hyperactivité, ou « TDA/H ». L’impulsivité mentale qui en résulte est tout aussi pénible : devoir tout dire ici et maintenant, tout faire là, tout de suite, avant d’oublier la seconde suivante. Je compare parfois ce trouble au Grand méchant loup [1] qui surveille sa proie (votre cerveau) et qui se lance à l’assaut de vos neurones dès qu’ils se mettent en mouvement lorsque vous vous mettez au travail. Un exemple pour comprendre ce poison de chaque instant : l’histoire du coup de téléphone, un véritable sketch.

Un dimanche après-midi, mes filles sortent jouer avec leur copine au parc d’en face, mon mari se laisse distraire confortablement installé dans son fauteuil par la n-ième diffusion une série culte dont j’ai oublié le nom. Je suis donc enfin tranquille... Enfin, c’est ce que je croyais.

Qui a peur du grand méchant TDA/H ?

Et quel meilleur moment pour recontacter cet ancien copain que nous avions croisé par hasard le mois dernier ? En discutant, nous avions convenu de trouver un moment pour aller prendre un café quelque part, histoire d’échanger les dernières nouvelles. Un coup d’oeil sur l’agenda pour prévoir les créneaux à proposer (tiens, en passant, je vois le rendez-vous chez le dentiste de demain, je range ça dans un coin de mon esprit...), et j’attrape le téléphone. Le copain n’est pas dans le répertoire. Pas grave, le temps qui nous avait séparé n’a pas effacé son numéro de ma mémoire. Je le compose par coeur, presque sans réfléchir, avec à l’oreille les fréquences vocales du téléphone émises à chacun des chiffres de ce numéro. On aurait dit une petite musique dont la mélodie me rappelle vaguement quelque chose, mais quoi ? Je ne sais plus. Le son de la télé est un peu fort, pourtant, mon mari commence à s’assoupir, le niveau sonore ne le gêne visiblement pas.

Le réseau téléphonique se connecte, ça sonne « libre ». Un dernier coup d’oeil à l’agenda, il y a du courrier qui traîne sur la table juste à côté. Les impôts. Tiens à ce sujet, je dois modifier mes mensualisations. On peut faire cette opération en ligne, maintenant. Tant mieux. Bon, je verrai plus tard. Ca sonne toujours libre, je dois lui dire....quoi ? mais... mais....à qui ? Qui ? A qui je téléphone déjà ??!!! Et ça décroche d’une seconde à l’autre, mais de quoi je vais avoir l’air ? C’est quoi ce trou noir ? Non mais allo, quoi  ! (sic) AU SECOURS !!!

C’est peut-être vous, c’est pas nous !

Bon, pas de panique, j’ai 2 solutions : soit je raccroche tant que c’est encore possible, soit je fais le pari de reconnaître la voix lorsque je l’entendrai dire « Allo ». Déjà 3 sonneries... que dois-je faire ?.........Trop tard, ça décroche. Et moi, je m’accroche. Activation du mode reconnaissance vocale....

Et me voilà bien.... c’est un répondeur, une voix de synthèse qui me rappelle le numéro que je viens de composer. Dans quelques secondes c’est à moi de parler, je vais être enregistrée, donc pas le droit à l’erreur, cet oubli ne doit pas apparaître.

Pourtant, rien ne me revient, pas même un nom au rappel du numéro composé. Me voilà de nouveau devant un choix similaire : raccrocher ou continuer... Bon, je me lance : « Bonjour c’est Valérie, merci de me rappeler »... Et voilà c’est fait, je raccroche. Ouffff. J’ai eu peur, mais j’ai fait face.... avant un nouveau regard vers l’agenda. Ah mais bien sûr ! J’étais en train d’appeler mon ancien copain, Mais enfin, que s’est-il passé ?

Voyez comme d’ailleurs on tient le coup

Il s’est écoulé 1 minute à peine entre l’idée de recontacter cet ancien copain, et le trou noir. Et finalement, je ne m’en suis pas si mal tirée. Avec un message comme celui-ci, je ne prends pas de risque : j’ai évité le « Bonjour X », parce que je ne savais pas qui était X. J’ai tourné ma phrase de sorte d’éviter le pronom de deuxième personne, ne sachant pas si je devais tutoyer, ou vouvoyer mon interlocuteur-trice. Le message était un peu froid, s’agissant d’un copain, c’est un peu dommage, mais c’est un moindre mal. Imaginez un « Salut mon pote, tu fais quoi dimanche prochain ? » au secrétariat médical de votre dentiste....

Tralalère

Parce que tout est là : s’accrocher et ne pas fuir, pour maintenir l’activité cérébrale, et tenter de retrouver le fil. Ces oublis de courtes durées rappellent à quel point l’efficience continuelle de notre mémoire de travail est la condition indispensable à notre fonctionnement cognitif. Une défaillance de quelques secondes, et c’est la panique, tout se désorganise.
C’est un peu comme une connexion Wifi qui se couperait, ou des feux tricolores qui se dérégleraient sur des grands axes de circulation. C’est un peu comme passer pour Gaston Lagaffe [2]...

En pleine discussion, ce type de défaillance peut avoir des conséquence très mal vécues. L’image de vous est en jeu, en particulier celle de votre santé mentale.
Pourtant, qu’il m’ait été facile de cheminer du souvenir d’une personne à son numéro avec une certaine aisance, mais que l’inverse ne soit pas possible (lorsque le répondeur m’a rappelé le numéro composé) montre qu’il y a des ressources sur lesquelles il est possible de compter. Que des contournements sont possibles pour rallonger un peu la fenêtre de temps d’attention (vous savez, le fameux temps de cerveau disponible cher aux agences de pubs !), ou pour diminuer l’impulsivité de tout tout de suite sans perdre le fil (et à plus forte raison, le coup de fil....). Tout cela reste à explorer.
D’ailleurs, il n’y a rien de dramatique, pas même pour mon image sociale. Il faut apprendre à vivre avec. En avoir conscience et l’expliquer à son entourage, c’est la meilleure attitude que j’ai pu trouver pour ne pas dégrader l’estime que j’ai de moi et continuer à vivre normalement. Alors, comme dirait l’autre, en adaptant un peu : J’ai un TDA/H, et je vous emm....ène (avec moi).

PS

Le copain nous a rappelé, il ne s’est douté de rien (ou ne l’a pas montré). J’ai réussi à noter un rendez-vous et à m’y rendre sans l’oublier entre temps. Et je suis contente de l’avoir retrouvé.


samedi 13 janvier 2018
Crédit image en tête de ce billet : Gaston Lagaffe par Nathanaelle d’après Franquin

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Notes de bas de page

[1En référence à la chanson populaire « Qui a peur du grand méchant loup ? » composée par Frank Churchill sur des paroles d’Ann Ronell, pour le court métrage d’animation « Les Trois Petits Cochons ». Une production Disney, grand succès des année 30 adapté en français par Robert Valaire et Jean Valmy -Wikipédia-

[2Pour les amateurs de BD, voir ce dialogue Lagaffe / Spirou paru en 1957 où Lagaffe se présente à la rédaction du journal suite à un recrutement :
— Qui êtes-vous ?
— Gaston.
— Qu’est-ce que vous faites ici ?
— J’attends.
— Vous attendez quoi ?
— J’sais pas… J’attends...
— Qui vous a envoyé ?
— On m’a dit de venir...
— Qui ?
— Sais plus...
— De venir pour faire quoi ?
— Pour travailler...
— Travailler comment ?
— Sais pas… On m’a engagé...
— Mais vous êtes bien sûr que c’est ici que vous devez venir ?
— Beuh... -Wikipédia-