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Intelligence et Identité : La remédiation des apprentissages par la gestion mentale

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Conférence 2/2 de l’Intelligence Day parisienne du 21 octobre 2017

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Douance

Le joli mois d’octobre est celui qui a vu fleurir les "Journées de l’Intelligence" ou Intelligence Day organisées dans les grandes villes françaises où les groupes régionaux de l’association Mensa se trouvent. Ces rendez-vous sont devenus au fil des ans des incontournables de l’univers de la douance.

Cette année, Mensa Ile-de-France a choisi de nous parler de la construction identitaire chez la personne à haut potentiel. Retour sur la seconde conférence : La remédiation des apprentissages par la gestion mentale.

Conférences et tables rondes ont occupé la place dans un grand amphi du Conservatoire National des Arts et Métiers. Tandis que le billet précédent reprenait notes et retours en salle du thème de la première conférence matinale Douance et hypersensibilité, nous poursuivons sur la seconde : « La remédiation des apprentissages par la gestion mentale ».
A commencer par la reprise de notre fil que cette thématique tire pour apporter quelques pistes à des questions comme celles-ci :

Quel est réellement mon potentiel d’apprentissage ? Comment le connaître ? Comment apprendre à l’exploiter ou à le développer ?

Les gestes mentaux

Antoine de la Garanderie - portrait de 1988Et pour en parler, c’est Isabelle Grouffal que nous écoutons proposer quelques points théoriques, puis un exercice que nous reprenons dans ce billet. Isabelle Grouffal est coach et formatrice en gestion mentale. Elle dédie tout particulièrement sa pédagogie aux enfants à haut potentiel présentant des difficultés scolaires. Une méthode de remédiation des apprentissages fondée sur les apports d’Antoine de la Garanderie (ci-contre).

Pédagogue et humaniste, A. de la Garanderie défend son refus de l’échec, et intègre dans son approche didactique toute la singularité de la vie à travers ses facettes multiples.
Ses études en phénoménologie l’ont conduit à décrire les « gestes mentaux ». La pensée réalise ainsi un enchaînement de ces gestes élémentaires. Il en dénombre 5, que chacun combine ensuite selon des stratégies qui lui sont propres :

  • Prêter attention (rendre présent le monde dans notre tête)
  • Comprendre
  • Mémoriser
  • Réfléchir
  • Imaginer

     


    Le mental mis en mouvement

    La gestion mentale doit nous permettre de découvrir les stratégies que nous mettons en oeuvre sans le savoir. En prendre conscience, par l’introspection cognitive, c’est développer nos compétences et notre liberté de pensée. Le plus important est de saisir notre différence, notre manière à nous de fonctionner.

Pour y parvenir, cette approche nous propose de commencer par repenser à nos réussites pour aller chercher les mécanismes qui marchent, les décortiquer et prendre conscience de la manière dont ils fonctionnent en situation d’apprentissage. Les concepts vont être nommés dans un dialogue pédagogique pour conceptualiser le schéma de réussite.

Ensuite, il s’agit de revenir sur ce qui a moins bien marché, dans l’objectif de réaliser un transfert de la méthode déduite de l’analyse de nos habitudes mentales.

Au final, généraliser autant que possible les enchaînements mentaux qui ont fait leurs preuves doit nous aider à gagner en efficacité.
Un travail de conscientisation qui repose sur les principes suivants :

  • L’évocation, ou la présence mentale du monde que j’ai à l’esprit, en miroir.
  • Le projet, ou le devenir que je prévois pour ces objets mentaux.
  • La mise en oeuvre des gestes mentaux énumérés plus haut (comprendre, mémoriser...).
  • Le sens, ou la sensibilité personnelle exprimée dans ce processus.

Ainsi, évocation et projet sont les deux piliers de la pensée. L’image que j’ai du monde (l’évocation) est mise en mouvement avec les gestes mentaux, vers ce projet.
En dégager des structures de sens, c’est savoir comment et de quelle manière nous abordons le monde, dans notre sensibilité.

Un exemple de remédiation : le cas de Jules

Jules est un enfant à haut potentiel en classe de 6e qui ne réussit pas ses évaluations. Cet enfant n’est pourtant pas à cours d’idées lorsqu’il lit l’énoncé d’un exercice, au contraire ! Une foule de pensées abonde, se qui le met en position de devoir faire un choix. Et c’est là que les choses se compliquent.
Lorsqu’à une question de français sur la nature des mots d’une phrase, Jules répond par la fonction... il reçoit en retour l’appréciation du professeur : « Leçon non apprise ! ».
Pourtant, Jules y avait bien pensé, comme il a pensé à tant d’autres choses devant ces mots qu’il devait analyser.... Il a dû sélectionner. Malheureusement, il n’avait pas choisi la bonne réponse.

Nous sommes ici en présence d’un problème d’évocation devant l’énoncé. Comme souvent dans le cas des enfants à haut potentiel, la fulgurance de pensée entraîne la vitesse. Mais elle ne garantit pas la justesse. Faire le bon choix mental impose de prendre le temps nécessaire. Un travail en gestion mental lui a donc permis de prendre conscience de la précipitation dont il faisait preuve, et face à laquelle Jules a appris à ralentir.

Une mise en pratique : A vous de jouer !

Image commune

Commençons avec ce petit exercice de mémoire, dont la consigne est la suivante :
Prenez un stylo et un bout de papier, et reproduisez de mémoire une pièce de 1 euro, sans aller regarder dans votre porte-monnaie !
Une fois l’exercice réalisé, sortez une pièce de 1 euro, et comparez avec votre reproduction. C’est à vous !

Voici l’image qui était à reproduire, et à titre d’exemple, ce que j’en ai réalisé en faisant l’exercice (cliquer sur le symbole euro) :
Exercice de mémoire - cliquer sur ce symbole euro pour voir la réponse

La pièce de 1 euro est un bon exemple d’objet que nous voyons passer entre nos mains tous les jours, mais que nous ne regardons pas, ou plus (sauf amateurs de collections !). Cet exercice permet donc de se faire une idée de la manière dont nous stockons l’image d’un objet fréquent ne faisant pas l’objet d’une attention particulière.

 

Image non commune

Exercice de mémorisation - cliquer sur ce point d'interrogation pour commencer l'exerciceVoici un autre exercice de mémoire visuelle qui a été proposé, que chacun peut également refaire chez lui en suivant la consigne : regarder et mémoriser cette image pendant 2 minutes, sans aucun support (stylo, smartphone....). Pour suivre cet exercice en ligne, il suffit de cliquer sur le point d’interrogation ci-contre pour découvrir l’image mystère à reproduire. Au bout des 2 minutes, ôter cette image de votre vue, et la reproduire de mémoire sur un papier. L’objectif sera ensuite de revenir sur vos gestes mentaux, et de vous interroger sur votre méthode personnelle déployée dans cet exercice pour mémoriser l’image. Bien entendu, l’image peut être à nouveau affichée pour la correction, et l’introspection à réaliser.

Alors, êtes-vous prêt-e ? C’est parti !

L’analyse

Vous l’aurez compris, dans ce type d’exercices, c’est le cheminement de la pensée qui est intéressant, et non la fidélité de la reproduction.
La comparaison de la pièce avec celle dessinée met en évidence ce que nous retenons, et ce que nous superposons. Et ceci, selon des méthodes diverses, qui se rattachent globalement à deux paramètres :

  • la familiarité de l’objet représenté,
  • et le rapport de l’objet au monde que nous connaissons (rattachement à un référentiel). Dans le second exercice, il s’agit du rapport à la langue (de niveau d’abstraction supérieur).

L’idéogramme signifiant « Enseigner » en chinois, la connaissance de la langue écrite influe fortement sur la mémorisation, et le type de mémoire en jeu. L’exercice de l’idéogramme sur lequel nous nous attarderons est particulièrement instructif à cet égard, comme en témoigne la grande variété de méthodes partagées dans la salle :

  • Ainsi, une personne ayant appris la langue chinoise a recherché dans ses connaissances avant toute tentative de mémorisation. Elle a ensuite pensé à des blocs, 1 rectangle et 3 carrés. Elle a enfin enregistré les nuances à travers les similitudes et différences entre ces 4 objets. Au moment du tracé, elle a pu ainsi se re-raconter l’image.
  • Une autre personne a mobilisé un autre référentiel, celui des formes connues, en y voyant un lien avec une croix dont elle a noté les différences sur la gauche et la droite, puis les deux « T » qui s’entrelacent.
  • Dans le même esprit, une personne a choisi une image à gauche puis l’a animé, les yeux fermés. La reproduction sur papier passe donc par un jeu de cette animation, en fermant à nouveau les yeux, le mouvement donnant l’ordre dans lequel le tracé sera réalisé.
  • Une autre personne nous explique sa référence à la géométrie. En partant de la première forme en haut à gauche, elle s’est ensuite construit une séquence de modifications sur la gauche qu’elle s’est récitée plusieurs fois. Elle a terminé par la droite, en se donnant des instructions de reproduction à voix basse telles que « Le trait à gauche est plus épais qu’à droite », et ainsi de suite sur l’ensemble du tracé.
  • une méthode plus artistique nous a été donnée à travers la densité du trait à reproduire en essayant de visualiser les coups de pinceaux nécessaires à sa reproduction. Il y a ici la mobilisation d’une forme de mémoire kinésique, le trait pouvant aller de droite à gauche, ou de gauche à droite, selon son épaisseur. Le 3e tracé à gauche semblait néanmoins résister à la méthode. L’usage du référentiel visuel intervient dans ce cas, par la visualisation d’une pioche posée au sol.

La conclusion

Ce second exercice montre l’étendue de la palette de techniques à notre disposition pour la réalisation d’une tâche mentale. En prenant conscience de l’objet, nous faisons tous des liens en faisant appel à nos capacités attentionnelles. L’objet est stocké sous forme d’image, de son ou de mouvement.

Les personnes à haut potentiel en particulier sont capables d’un usage multimodal de ces gestes mentaux, avec toutefois des préférences. La prise de conscience de ces préférences en situation de remédiation pourra s’avérer particulièrement intéressante pour la mise en place des gestes plus appropriés à la personne.

Mais l’objet mémorisé sous une forme ou une autre va ensuite s’estomper peu à peu, une fois l’exercice terminé. C’est là qu’intervient la recherche de sens, nouveau facteur de maintien de la mémoire pour prolonger la vivacité de cet objet.

vendredi 17 novembre 2017
Crédit image en tête de ce billet : Mensa Île-de-France

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