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Intelligence et Identité : Douance et hypersensibilité

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Conférence 1/2 de l’Intelligence Day parisienne du 21 octobre 2017

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Douance, Hypersensibilité

De Bordeaux à Paris, en passant par Nantes ou par Lyon, Les Intelligence Day d’automne sont devenus au fil des ans des rendez-vous remarqués du monde de la douance.

Cette année, l’association Mensa Ile-de-France a choisi d’articuler conférences et tables rondes autour d’une thématique clé : celle de la construction identitaire chez la personne à haut potentiel. Ce billet présente notes et retours sur la première conférence matinale : Douance et hypersensibilité.

Pour apporter quelques pistes à des questions comme celles-ci :

Pourquoi beaucoup de surdoués sont hypersensibles ? Est-ce que tous les hypersensibles sont surdoués ?
Quel est réellement mon potentiel d’apprentissage ? Comment le connaître ? Comment apprendre à l’exploiter ou à le développer ?

Plusieurs intervenants, se sont succédés au micro de ce grand amphi du Conservatoire National des Arts et Métiers, devant 370 auditeurs.

Mensa

Avant tout, le sujet est introduit par une présentation de l’association Mensa à l’origine de l’événement. Association internationale regroupant 133000 membres dans une centaine de pays, sa représentation française en compte un peu plus de 3000, dont pratiquement la moitié en Île de France.
Elle se donne pour objectif de promouvoir l’intelligence dans toutes ses manifestations tendues vers un idéal de paix, de contribution au progrès dans tous les domaines et à son partage dans la société. Mensa regroupe des personnes à haut potentiel (dont le score aux tests de QI se situe parmi les 2% les plus élevés). Sur ce seul critère, les membres constituent une coupe transversale de l’humanité sans hiérarchie ni distinction : ce sont des gens d’origines géographiques et sociales les plus diverses, indépendamment de toute considération de culture, d’instruction, de profession, de richesse, d’âge, de sexe, de handicap, de croyance, d’opinion ou de mode de vie. (sic).

 

 

Haut potentiel ou hypersensibilité : une confusion des genres

L’intervention de Catherine Besnard-Peron [1] débute par une présentation de parcours personnel. Un cheminement qui l’a porté à découvrir sa propre douance en 2005 avec ce premier déclic, découvrant une réelle aptitude à s’étonner. S’étonner de tout, et ne pas simplement admettre ce qui se présente comme une évidence aux yeux de tous. Elle réalise son bilan en 2006, période à laquelle la littérature française fournit encore assez peu de références sur le sujet, hormis les auteurs qu’elle aborde : Arielle Adda [2] et Jean-Charles Terrassier [3] pour les enfants, puis Jeanne Siaud-Facchin en 2007 [4].
Catherine Besnard-Peron rapporte dès lors une certaine aptitude à « flairer » les hauts potentiels, avec néanmoins une petite marge d’erreur. Certaines personnes présentent des ressemblances, sans en avoir le QI. Celles-ci ont des points communs. Alors d’où vient cette similitude ?

Ses différentes lectures introduisent -ce qui correspond à un biais pour elle- des caractéristiques de souffrance. Le « Haut potentiel Intellectuel » devient peu à peu le « Haut potentiel » (tout court) et la dynamique émotionnelle y occupe une place de plus en plus importante. D’ailleurs, si certains professionnels concluent à un haut potentiel avec un QI de 120 (inférieur au 130 communément admis pour définir un haut potentiel intellectuel), il est légitime de se demander si le QI est réellement source de souffrance.

Re-définition des frontières

C’est le début d’un travail de déconstruction, qui aura pour axe principal la dissociation de deux indicateurs essentiels : le haut potentiel intellectuel, et l’hypersensibilité, entendue à travers le sentiment de décalage intellectuel. Les personnes hypersensibles, avec un QI ne correspondant pas à celui d’un haut potentiel relève donc d’un autre modèle. Et le chercheur Nicolas Gauvrit [5] semble confirmer cette analyse. Elle tire de son intervention à l’Intelligence Day nantaise en 2015 une synthèse pointant :

  • le fait que seules 30% des études s’accordent sur la définition du haut potentiel intellectuel ;
  • le fait que certains traits de caractères de ces derniers relèvent de chimères. Si quelques traits se retrouvent effectivement (créativité, réussite), d’autres ne sont en revanche pas démontrés (humour, difficultés à trouver le sommeil) et d’autres encore relèvent purement du mythe (échec, dépression).

L’hypersensibilité représente donc un sujet à part entière, que les travaux de la psychologue américaine Elaine Aron abordent à travers une classification en 4 caractéristiques (traduction française) :

  • un traitement profond des informations,
  • une hyper-réactivité sensorielle,
  • une vive réactivité émotionnelle, en particulier avec une empathie naturelle,
  • la conscience de stimuli subtiles, de faible intensité.

Thérapies adaptées

La proximité de ces traits avec ceux du haut potentiel intellectuel explique les confusions. Pour autant, les statistiques ne sont pas les mêmes : 2 à 3% de la population est concernée par le haut potentiel intellectuel, tandis que 20% naît hypersensible. C’est un renversement important qui est opéré, marquant ainsi la fin des confusions. Les prises en charge proposées sont alors adaptées à ce qui doit l’être, notamment à travers la construction d’une cartographie des espaces dans lesquels cette sensibilité s’exprime. C’est aussi une prise de conscience libératoire pour les personnes qui se pensaient à haut potentiel à tord, essayant d’atteindre un référentiel identitaire qui ne leur était pas accessible, et qui ne leur correspondait pas, pour pouvoir simplement continuer à vivre.

Impressions et questions dans la salle

Vaste sujet que celui de l’hypersensibilité que cette conférence pose en sujet d’étude à part entière, en accordant à l’hypersensible un réel statut . Elle présente aussi l’intérêt de poser des limites aux étiquettes. Néanmoins, la question abordée ainsi a pu soulever quelques émois, ou simplement donner envie d’approfondir un sujet sur lequel il reste encore beaucoup à découvrir.
Je note ici quelques interventions, de façon non exhaustive :

Approfondir l’hypersensibilité

Le QI dispose de son test reconnu de manière internationale et pratiqué dans les cabinets de psychologie. Qu’en est-il de l’hypersensibilité ? Il en existe en effet plusieurs, dont celui que propose Elaine Aron. Mais le test de Dabrowski est également évoqué, en cours de validation par une équipe d’universitaires parisiens.

Vous n’avez pas dit « Zèbre » ?

Deux interventions d’auteures ont soulevé le sujet du positionnement du « zèbre » (dans le fond et dans la forme) dans le paysage psychologique présenté.
La première s’appelle Flora Clodic, elle a signé le livre « Au bonheur des zèbres », et la seconde, Joëlle Giannoni est auteure de « Ne m’écris plus », ouvrage illustré d’un beau zèbre en 4e de couverture, et lauréat du concours Mensa du premier roman 2017.
Sur la forme, la référence animalière ne semble pas trouver la faveur de la conférencière pour parler de personnes humaines, et sur le fond (mise en exergue de l’hypersensibilité du haut potentiel à travers la métaphore défendue par Jeanne Siaud-Facchin), la réponse ne coule pas de source. A en croire notamment quelques autres questions qui touchent à sa conception du QI, restées visiblement sans réponse simple (ci-dessous). En effet, comment estimer à sa juste valeur le potentiel d’une personne qui réalise un test de QI sous l’effet dévastateur d’émotions trop envahissantes et entraînant une situation de stress énorme ? Tout l’enjeu est donc de savoir si le test reflète toujours la réalité en toute circonstance.... ou pas.

Le score du haut potentiel en question

  • et l’intervention suivante d’une orthophoniste dans la salle va dans le même sens. Elle soulève la question d’un possible échec au test de QI d’un enfant à haut potentiel, risquant ainsi de passer à côté du diagnostic qui le concernait pour expliquer un parcours scolaire chaotique
  • idem avec cette question (la mienne) sur la considération du QI mise en avant ici comme une entité unique et homogène qui semble également laisser sur le bas côté le haut potentiel à profil hétérogène et/ou à troubles associés (pour qui le sésame du QI à 130 n’est pas accessible).

Un flottement dans les réponses apportées.... concernant le regard porté sur les parcours scolaires pouvant alors peser sur l’évaluation de la situation de ces enfants, ou l’adaptation de la prise en charge d’une personne se sachant surdouée avec troubles associés. Réponses pour lesquelles il n’a pas été possible de savoir si les thérapies proposées dans ces cas relèvent bien du haut potentiel intellectuel.

Et je retiens pour terminer cette belle phrase prononcée par une auditrice émue aux larmes, touchée au fond d’elle-même par cette affirmation : Être résistant à la norme, ce n’est pas être rebelle, sonnant comme une forme de résilience, et un appel à l’accueil du différen[d/t].

PS

Quelques références :

La 2e conférence nous apporte des pistes pour identifier et développer son potentiel dans les apprentissages, et remédier aux difficultés dans ce domaine : Par ici !


lundi 30 octobre 2017
Crédit image en tête de ce billet : Mensa Île-de-France

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Notes de bas de page

[1Catherine Besnard-Peron, psychothérapeute, travaille sur le sujet du Haut Potentiel intellectuel depuis 2005, dans le cadre de son activité en cabinet libéral, à Nantes et Angers. -Mensa-

[2Arielle Adda est une psychologue française connue pour ses prises de positions relatives aux enfants et adolescents surdoués, sujet sur lequel elle travaille depuis les années 1970. Sa première publication remonte en 1989, les publications principales paraissent ensuite dans les années 2000. Elle sera en outre la psychologue de Mensa de 1977 à 1998. Elle publie actuellement une série de chroniques sur le sujet dans le Journal des femmes. -Wikipédia - Congrès Douance - Journal des femmes-

[3Jean-Charles Terrassier est un psychologue français, spécialiste des enfants surdoués et fondateur de la première association française dédiée aux enfants intellectuellement précoces en 1971. Ses principales publications paraissent dans les années 1980. -Wikipédia-

[4Jeanne Siaud-Facchin est une psychologue clinicienne française, fondatrice des centres de consultations Cogito’Z enfant et adulte (centre européen de psychologie intégrative). Conférencière et enseignante à l’université, elle publie à partir de 2002. Son ouvrage « Trop intelligent pour être heureux » paraîtra en 2008. -Wikipédia-

[5Nicolas Gauvrit est un mathématicien et psychologue français spécialisé en science cognitive. Il commence à publier en 2005, sur des sujets mathématiques pour la plupart. Son ouvrage « Les surdoués ordinaires » paraît en 2014. -Wikipédia-