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Confinement et Continuité Pédagogique

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Un premier bilan

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Confinement, Famille, Parentalité, Scolarité

Confinés depuis le 16 mars, une crise sanitaire précipite le pays dans un nouvel espace-temps, celui du confinement : L’espace du domicile (pour celles et ceux qui ont la chance d’en avoir un), en un temps désormais suspendu... Et pourtant, l’école doit poursuivre son travail. C’est M. le Ministre qui l’a dit. L’injonction aux professeur-e-s des écoles, collèges et lycées est lancée. Abracadabra, et tout le monde a été pris de cours : les profs, les Conseillers Principaux d’Éducation (CPE), élèves, parents... Retour sur cette période mouvementée, depuis le début du confinement jusqu’aux vacances de printemps.

La crise sanitaire que le monde traverse a remis en cause toute l’organisation du pays. Les établissements scolaires n’ont pas échappés à la règle, les jeunes sont ainsi renvoyés chez eux pour suivre une scolarité distante en liaison avec les professeur-e-s.

Sur la corde raide

Nous voici donc assignés à résidence, avec un défi à relever : suivre la scolarité de nos filles à distance, ainsi que notre Ministre l’a demandé, en vertu de la « Continuité Pédagogique ».
Faire cours à distance, tout un art... Et les profs ne manquent pas d’idées, dès les premiers jours de confinement. Des trésors d’imagination sont déployés pour répondre à la demande.
Ici, 3 filles en 4e, sur deux collèges différents. Une 10aine de matières à suivre, avec une 10aine de profs. Un véritable marathon qui ne peut se courir qu’avec les élèves qui suivent. C’est le cas de 2 de mes 3 filles. Alors la 3e.... c’est le début d’un cauchemar qui nous mène tout droit vers le décrochage scolaire pour Gabrielle. Le cas est trop lourd à gérer, nous sommes malheureusement contraints de nous concentrer sur les deux autres, pour ne pas perdre les 3. J’en parlerai de manière plus spécifique dans un autre billet.

Les mails arrivent de toute part sur les plateformes numériques de suivi de scolarité. Les leçons et exercices affluent selon des modalités disparates.
La situation est tendue. Pour Raphaelle et Nathanaelle, c’est le début d’une course effrénée pour maintenir le rythme. Elles démarrent cette période avec une certaine volonté. L’idée de relever le défi leur donne assez d’énergie pour démarrer.

Exercice de tir

A balles réelles

Mais seulement pour démarrer. Car très vite, plusieurs problèmes pratiques vont se poser, et la belle énergie de départ va peu à peu laisser place à un sentiment de submersion. Pour plusieurs raisons.

  • La première est celle que les fratries / sorories connaissent bien : enfants d’âges proches (voire identiques dans notre cas). Il est illusoire de penser que ces enfants qui travaillent les mêmes choses vont pouvoir le faire ensemble, et s’entraider. Les rivalités et comparaisons qui existent entre soeurs prennent souvent le pas sur le travail, au point de le rendre simplement impossible. Et bien qu’il y ait assez de place, elles restent ensembles. Pour se surveiller, bien entendu, je précise afin de dissiper toute supposition pacifique. Et lorsque cela arrive, il faut être là. Non pas pour les remettre au travail car ce n’est plus possible à ce stade de la dispute, mais pour les séparer. Et voilà comment perdre 2 à 3 précieuses heures lorsqu’il y à 4 matières à travailler par jour.
  • La deuxième tient au volume et la dispersion du travail. Volume, car le report pur et simple d’un travail en présentiel au domicile, dans des conditions qui ne sont pas celles de la classe va multiplier le temps qu’il va falloir y passer pour recréer les conditions de la classe. Se pose avec ce constat le problème de la méthodologie. Nous y reviendrons.
    La dispersion car, pour répondre à l’urgence de la continuité, il a fallu imaginer en un temps record les moyens de transmettre la connaissance et le travail qui va avec, ce qui, comme on peut l’imaginer, ne s’est pas fait de manière coordonnée : les plateformes d’échanges, de partage d’écran (pour les cours en vidéo), ou plus prosaïquement, la messagerie ou les outils scolaires habituels : Pronote, Espaces Numériques de Travail, etc... sont mobilisés au gré des habitudes de chacun. Pour certains, il faudra changer de manuel scolaire, afin d’en utiliser un qui permette la consultation en ligne. Il devient alors indispensable d’être au clair sur les différentes plateformes où se rendre pour récupérer le travail (au besoin, s’y créer un accès), télécharger et imprimer les ressources. Même chose dans l’autre sens, pour envoyer les productions vers les professeur-e-s, une fois scannées. Et attention à ne pas envoyer la mauvaise copie au mauvais endroit. Tout ceci part bien entendu du principe que nous (familles et enseignants) possédons un matériel adéquat.

Le bon câblage

Le bon câblage

Car la première chose indispensable est bien là : avoir le matériel. Pour les enfants, un matériel suffisamment récent et puissant afin de leur permettre de suivre les cours "en direct" avec leur professeur-e et les camarades de classe sur des plateformes diverses de cours vidéos avec partage d’écran. Avec une connexion internet haut-débit et quelques connaissance en informatique en cas de problème technique. Ce n’est pas notre cas, le résultat est sans appel : les heures de cours organisées de cette manière n’ont pas pu avoir lieu pour elles (bugs, images figées, sons coupés...).
Pour nous les parents, la possession d’un matériel bureautique est indispensable : un PC de bureau, une imprimante, un scanner.

Le bon secrétariat

Une fois ces conditions réunies, nous passons l’étape suivante, et nous nous lançons dans les joies du secrétariat scolaire : une indispensable intendance chronophage et dispendieuse en impression / scan / mails (interface avec l’équipe enseignante, questions diverses aux professeur-e-s...). Commence alors pour les parents une traque disparate aux leçons et devoirs par mail, Pronote, ou sur des plateformes internet X, Y ou Z.

Avec pour effet immédiat : le temps passé à la chasse-aux-devoirs est un temps où les enfants sont seuls devant leur cahier. Plus assez de temps pour m’asseoir à côté d’elles, répondre à d’éventuelles questions, si je le peux... Et que font-elles pendant ce temps ? Je vous laisse deviner :-)
Ce temps incompressible de mise en place matérielle est sans valeur ajoutée pédagogique, de la pure perte. C’est en plus un coup à déclencher une nouvelle bataille fratricide qui plombe définitivement toute possibilité de travailler quand je reviens avec mon paquet de copies à la main, chacune partant bouder dans son coin.

Autre point de l’intendance incontournable : le collage des impressions dans le cahier. Il peut y en avoir beaucoup, et pour bien faire les choses, ces feuilles doivent parfois s’accompagner d’une saisie écran du manuel en ligne (que l’enfant n’a pas en version imprimé dans son cartable), sans quoi le document d’exercice envoyé n’a pas de sens.

Je passe sur la problématique du rachat des cartouches d’encre dont le stock décline à vue d’oeil, quand les courses de premières nécessités (seules autorisées) n’incluent pas les cartouches d’encre... Je n’ose pas imaginer ce qui se passera lorsque nous ne serons plus en capacité d’imprimer leçons et exercices.

Secrétariat

Le problème du format

Un mot encore pour expliciter le problème méthodologique évoqué plus haut. Le report du cours dans son format « classe » et dans ses méthodes de travail vers la maison sans repenser le format génère un surplus de travail qui va s’ajouter au temps d’intendance et de pédagogie qui frôle la limite du faisable.

  • Qu’il s’agisse de s’improviser sapeur-informaticien pour faire fonctionner une webcam pour un cours virtuel, imprimer des cours, des exercices, ou les pages d’un manuel qui n’existe qu’en ligne (et que les enfants ne connaissaient pas avant le début de la scolarité à la maison), pour y ajouter la feuille d’exercice à coller dans le cahier qui s’y rapporte,
  • Qu’il s’agisse de reporter sur une copie de ma fille les corrections et précieux commentaires que l’enseignant-e m’a envoyé par mail (et non sur la copie elle-même).
  • Qu’il s’agisse de remplacer le cours pris sous la dictée par un travail de recopie dans le cahier, parfois avec une couleur spécifique, comme cela se faisait en classe, d’un texte transmis par messagerie, alors qu’il suffirait de l’imprimer et le coller.

Non. Le temps ne nous le permet plus. Nous irions tout droit dans le mur, avec le risque d’exploser même avant l’impact.

Equilibre...

Stop, maman, on n’en peut plus

Voilà pourquoi nos filles pourtant appliquées et sérieuses avec la chose scolaire sont aujourd’hui arrivées au bout de leurs forces, et nous ont demandé d’arrêter, épuisées. Malgré le retard qui s’est accumulé, qui les obligent désormais à rattraper sur des vacances scolaires que nous attendions pourtant avec impatience.

Cette situation a installé un certain chaos dans notre quotidien, mis nos nerfs à rude épreuve. Un burn-out de toute la famille avec ce sentiment d’abandon de l’institution, et d’impuissance pour les parents. Avec pour les enfants, une fatigue extrême. Et que dire du désarroi des enseignant-e-s placé-e-s au pieds du mur, bien souvent eux-mêmes parents impuissants devant les mêmes aberrations de la situation ? Tout ceci pour que l’école continue à distance. Et à quel prix ?

Celui de de prendre les profs de cours, submergés par la situation. Celui de mettre une pression inédite aux élèves, face à des devoirs inégaux en volumes (quand on peut les récupérer), de format non adapté à l’enseignement à distance, faute de temps, et d’imposer aux enseignant-es et aux familles l’usage de l’informatique : quand on l’a, et quand elle fonctionne (la connexion obligatoire aux plateformes diverses étant le maillon faible du process). Chez nous, c’est un marathon imprimante / mail / scanner pour nos 3 ados qui prédomine, pour un ratio temps d’intendance / temps pédagogique contre-productif.

Bref, une grande illusion qui prend profs et parents en otage, à devoir jouer un rôle qui n’est pas le leur. Une illusion qui, de surcroît risque d’aggraver la situation des familles, et des enfants. Ce qui s’annonçait comme une mesure de maintien d’un service en situation de crise s’avère finalement chez nous une terrible course contre la montre, une marche forcée pour boucler le programme quoi qu’il en coûte et finalement, pour toues les familles, une fracassante caisse de résonance aux inégalités -numériques, territoriales- face à l’école.

Pour se détendre un peu

StoriedinoteComme vous l’aurez compris, ces images d’ennuis en famille qui tournent en boucle à la télé ou sur les réseaux sociaux ne nous concernent pas. J’ai cette chance de ne pas (télé)travailler (et n’ose pas imaginer ce que cela aurait été avec un travail) et pense à toutes celles et tous ceux qui doivent mener de front un travail, la gestion de la maison et l’école des enfants....

Pour rétablir l’équilibre, il faut parfois forcer l’occasion. L’occasion de regarder un film, écouter de la musique, jouer un peu avec les enfants.... Et cela tombe bien : entre l’opéra, les cinémas, les musées, les archives diverses qui ouvrent des accès libres à leurs trésors, on n’a que l’embarras du choix. Je ne citerai que cette initiative, moins connue mais toute aussi généreuse : Faites connaissance avec la musique italienne d’auteurs, en profitant d’un CD par jour offert en téléchargement, jusqu’à la fin du confinement. Un grand merci à la direction de Storie di Note pour cette belle initiative !
https://www.storiedinote.fr

Je laisse le mot de la fin à cet élève de Mme_la_CPE (compte Twitter), avec son aimable autorisation :
Marre des parents

PS


jeudi 16 avril 2020
Crédit image en tête de ce billet : Continuité Pédagogique - Z

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