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Se découvrir haut-potentiel à 45 ans

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Le doute, les épreuves, le soulagement

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Douance

Il y a encore quelques temps, j’étais à des années-lumière du sujet : ce qu’il signifiait réellement, ses incidences sur nos vies... J’imaginais encore moins que notre famille pouvait être concernée. Le paroxysme du paradoxe, si j’ose dire, est d’approcher la chose par la découverte de troubles cognitifs : la dyslexie (entre autres) de ma fille. Retour sur ce parcours.

Les médias se sont emparés du sujet, de manière sérieuse pour certains, moins pour d’autres. Certaines émissions appellent cela un « effet de mode ». D’autres entretiennent un amalgame vendeur avec le cliché du génie.

Pour savoir de quoi il s’agit réellement, il faut donc aller chercher des sources sérieuses. Parmi d’autres, la psychologue Jeanne Siaud-Facchin en parle abondamment, ainsi que le docteur Olivier Revol (voir plus bas)... On retrouve aussi des informations très claires et complètes sur le blog d’Alexandra Reynaud, une maman qui a découvert le sujet avec le bilan de son fils à l’âge de 4 ans : « Les tribulations d’un petit zèbre » et d’autres témoignages sur le sujet Je consacre également un topo dans ce billet.

Telle fille...

Mais pour l’heure, l’histoire remonte aux années d’école élémentaire de ma fille Gabrielle. Plus précisément, en CM1. Suite au signalement de la maîtresse, et à la consultation d’une orthophoniste, une forme de dyslexie dite sévère est diagnostiquée chez elle puis, de fil en aiguille, un trouble déficitaire de l’attention, des troubles d’ordre praxique et de la coordination. Je parle de tout ce parcours ici. De professionnel en professionnel, le bilan se complexifie, et cohabite avec des capacités orales très élevées qui avaient jusqu’ici permis à Gabrielle de masquer ses troubles.

Je ne sais pas encore ce qu’on appelle précocité chez l’enfant, j’en avais une vague idée, mais je me pose quand-même la question, et son orthophoniste le soupçonne fort. Je me lance alors dans quelques recherches, livresques et sur internet.

J’y découvre notamment le Dr Pouhet [1], les conférences filmées du Dr Révol que j’écoute avec attention [2], quelques émissions de radios sur France Inter assez bien faites. J’y retrouvais totalement ma fille, avec en plus, cette étrange sentiment, encore diffus, de déjà vécu : ces psychologues et ces médecins étaient en train de me parler de ma fille mais aussi, sur d’autres aspects (pas du tout les mêmes) de moi, à son âge. Et c’est ce qui m’intrigue. Je poursuis donc également mes recherches sur la douance à l’âge adulte.

...Telle mère

Et mes recherches confirment mes doutes. La documentation existante qui s’intéresse à ces adultes (que sont devenus ces enfants précoces) commence aussi à abonder sur le net. La dernière émission à avoir enfoncé le clou est celle de « La tête au carré » sur France Inter, diffusée en 2015, avec Fabrice Bak [3] et Jeanne Siaud-Facchin [4], invités de Daniel Fiévet.

En avoir le coeur net devient un impératif, et me décide à réaliser moi aussi un bilan psychologique. Ce bilan est relativement complet. On y explore le fonctionnement cognitif, la dynamique émotionnelle et relationnelle au moyen de plusieurs outils.

L’épreuve...

Comment se déroule ce bilan ?
Le test d’efficience intellectuelle a pour objectif de vous situer sur une échelle. L’échelle d’intelligence de Wechsler, dite WAIS s’appuie sur un modèle de répartition statistique de la population par QI (tel que calculé sur cette échelle) pour une tranche d’âge donnée. Ainsi, le chiffre de QI de 100 sur cette échelle correspond à la moyenne de la population, autour de laquelle se situe une grande majorité. Le pourcentage de population de QI supérieurs ou inférieurs à cette moyenne diminue d’autant qu’il s’en éloigne. En passant ce test, vous obtenez donc une position sur cette échelle.

Le test de personnalité, basé sur des méthodes dites "projectives" fait également parti du lot. Le-la psychologue vous présente des planches imprimées de tâches colorées de différentes formes, et vous demande d’expliquer ce que vous y voyez, laissant libre cours à l’imagination. J’ai eu pour ma part à me projeter sur les planches du test de Zulliger, proche du célèbre test de Rorschach. Vous décrivez simplement ce que vous voyez sur chacune de ces planches, et répondez à quelques questions, notamment, en donnant un titre au tableau décrit.

Enfin, un questionnaire de personnalité vient compléter le tout. Il est choisi en cohérence avec ce qui est exprimé au préalable, les éventuels problématiques qui ont amené à réaliser ce bilan, etc. Le questionnaire présente un ensemble de situations et de réactions personnelles. Il s’agissait pour moi de me positionner sur une échelle à 4 valeurs, de « totalement d’accord » à « pas du tout ». Dans d’autres situations, il est possible de se voir présenter d’autres outils. L’une de mes filles a par exemple raconté « l’histoire de la petite gomme », autre test projectif.

...et son résultat

Le résultat complet du bilan est donné quelques semaines plus tard. Il est vraiment fouillé, et très instructif, je me suis même demandé : « Mais comment ils arrivent à voir tout cela ? ». J’avais un peu le même sentiment de découverte qu’en écoutant les psys parler de l’enfance précoce sur les médias. Ce bilan fournit des détails d’une étonnante proximité avec mon propre parcours de petite fille en primaire, puis au collège, avec enfin un réponse claire à la question que je me posais sur mon fonctionnement : me voilà à haut-potentiel, de profil hétérogène.

Du passé...

Et comme l’achèvement d’un long processus qui aurait pris plus de la moitié de ma vie, j’arrive à la fin d’un cycle, et je revois en quelques instants une quantité de souvenirs qu’avaient fait resurgir mes précédentes recherches. Je pose mes valises, je me retourne en arrière, et je dis.... « Alors c’était pour ça.... ». Quel immense gâchis cela représente de ne pas l’avoir su plus tôt, pour prévenir de tout ce que j’ai dû endurer, et d’une manière d’autant plus douloureuse que le climat familial a pu exacerber les vulnérabilités de ce fonctionnement. Seulement voilà, à cette époque, la connaissance n’avait pas encore mis au jour la réalité de ce que signifie la douance chez l’enfant.

 

...Du présent...

C’est d’ailleurs une chance pour les enfants de cette génération. Les neurosciences ont suffisamment avancé aujourd’hui pour apporter la connaissance de ce qu’est le haut-potentiel et permettre son identification suffisamment tôt.
Alors, quels que soient les parcours, il m’apparaît fondamental pour chacun d’avoir cette connaissance, qu’il y ait eu ou non des difficultés. Que ces difficultés surgissent à l’école ou dans la famille : problèmes d’agitation (partir dans tous les sens, subir un esprit désordonné où se montrer hyperactif)...ou d’intégration sociale, etc... Je la développe ici pour ce qui me concerne. Parce qu’aujourd’hui, les connaissances le permettent et qu’il faut vivre avec son temps, il est préférable d’avoir fini par l’apprendre, que de ne pas l’apprendre du tout.

...Du futur

Je vais donc maintenant entamer le second cycle de mon parcours, avec ces réponses qui me manquaient, et aller au bout en faisant du mieux que je peux avec ma fille précoce, et avec ses soeurs. J’ai maintenant la connaissance qui me manquait tant à mon sujet. J’aurais désormais l’oeil vigilant que ma mère ne pouvait avoir, faute de connaissances sur le sujet à son époque. Je le serai d’autant plus pour ma fille qui a reçu cette partie de mon patrimoine que je sais aujourd’hui, ce que nous sommes.

PS

Tout sur le test d’efficience intellectuelle pour adulte dans ce billet des Tribulations d’un petit zèbre


lundi 16 janvier 2017
Crédit image en tête de ce billet : Gordon Johnson

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Notes de bas de page

[1Le Docteur Pouhet est médecin de rééducation fonctionnelle (MPR) au CHU de Poitiers

[2Le Docteur Revol est le chef de service de psychopathologie du développement de l’enfant et de l’adolescent de l’hôpital de Lyon

[3Fabrice Bak est un psychologue cognitiviste spécialisé dans les troubles des acquisitions scolaires chez l’enfant et l’adolescent

[4Jeanne Siaud-Facchin est une psychologue clinicienne française, fondatrice des centres de consultations Cogito’Z enfant et adulte (centre européen de psychologie intégrative). Conférencière et enseignante à l’université, elle publie à partir de 2002. Son ouvrage « Trop intelligent pour être heureux » paraîtra en 2008 -Wikipédia-